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Le ciel mâche ses mots


HOMMAGE ET TEXTE DÉDIÉ À NOTRE CHER DÉFUNT MANSOURI KADDOUR (INSTITUTEUR À AIN-SEFRA, ALGÉRIE)


Le ciel tricolore rejeta la parole de son concitoyen : Ciel…
Cela fut refus étrange… s’interrogea Kaddour Azzalt (1), en tapant fort au dos d’un tambour africain, passant ses doigts au-dessous de ses soupçons… de ses droits…
D’une telle étrangeté, purifia ses doigts, cette fois avec une main africaine… et autre céleste, rejeta une seconde fois l’odeur, la candeur du Ciel…
Oh, quelle étrangeté !
Un immense sourire là-dessus aux alentours du savoir… et au dehors du dedans ! poussa ses soupirs, abrita ses endroits… là-bas au fond du ciel.
Le ciel demeurait partie prenante… aussi notre âme exposée aux mœurs de nos confrères africains… et aux ayant droits…
Oh quelle étrangeté… !
Toujours sans issus et issues, ces africains-là ! Peut-être erreur de passage ou de sentier… ! professa Kaddour Azzalt.
Quel drôle de blocage… ! excepté quelques petites nuées passèrent légèrement à proximité de la rive du second ciel, chouchoutant une fillette païenne…
Il y en avait trois Cieux… tous occupés… La paix demeure au premier ciel…
La tolérance accuse le second ciel…
L’osmose… reste perplexe…
L’indulgence saignait au seuil du troisième ciel…
Il y en a toujours trois…
Il y en a aussi un ciel surmené…
Le ciel est temporairement surchargé… !
Il lança ses soupirs au « participe présent » !

Adam descendit, la valise vide, dans l’espoir de nettoyer le « museau » de la terre…
La terre s’étendait sur sept « cornes » d’un bœuf enragé. La terre avait le plaisir de vous et nous offrir ses maux…
Êtes-vous disponibles, chers terriers d’enlacer la terre restaurée après Adam ? ajouta Kaddour Azzalt.
Dans quel cœur de la terre.
Peut-on dissimuler, nus, Adam et Ève… ?
Ève en inde, et Adam errant dans nos pensées !
Qui suis-je… dit Adam… dit Ève… dit Kaddour Azzalt…
– Individu païen, répondit une voix, déchirant le creux du ciel.
Quelle étrangeté !
Kaddour Azzalt guetta la réponse du ciel ; perplexe, perturbé. Il enfonça les bouts de ses doigts dans son agonie, rejeta catégoriquement la gratification de cette dernière.
Cria cruellement :
Allons-en : effeuillons… nos eaux usées…
Qui tombent du soleil
Allons-en ; effrayons…
Nos eaux usées…
Qui remuent notre miel
Allons-en : se prélasser
Au-delà de notre joie
Ou effleurer notre voie
Errée dans un bois…
Ou voltiger ; ça et là
Ou tutoyer notre Roi ?!…
Lui offrir notre gîte
Venant d’une fontaine en gouttelette…
Incinérée sous ses pas.
Un agent de la sécurité du ciel-terre, accroupi au fond du museau de la terre, lança un ordre arbitraire :
– Embarquez-le… embarquez cette graine pourrie…

Kaddour Azzalt enveloppé dans son silence, mâchant ses dires… ses écrits ainsi que ses remords… sa réincarnation…
L’agent souleva le problème de Caen et son frère.
Kaddour Azzalt, accroupi, perplexe, joufflu de peur et d’ambiance, ria, pleura, jeta ses écrits et ses dires à l’oreille de l’agent…
La terre trembla…
Mon lit aussi… Je songeais…
– Tiens, d’abord, c’est tout ce que je possédais !
Ma vie est peut-être précédée d’un abécédaire. Mais je vis encore dans une ruche comme une abeille…
Mon abécédaire est un insecte social qui produisait du miel, la douleur, la nature, la nostalgie, l’aberration, et l’aboiement.
Mon abécédaire était toujours adorable, abordable comme le « PRIX » de lutte contre le destin, l’invasion !
Ce « Prix » qui aboutissait, formellement, à un « MOI » même si mes démarches n’aboutissaient à « RIEN ».
On me nomme, jusqu’à l’éternité : « l’accessible ».
Quelle contradiction !…
Achever quoi ? c’est dire « QUOI » ! dit l’agent qui surgit, subitement, d’un ailleurs confus, sous forme d’une chimère, métisse, légendaire, mais céleste :
– C’est tout simplement adoucir un chagrin, s’exclama Kaddour Azzalt.
Et voilà… le temps s’adoucit… mais il est toujours utile d’accumuler mes pensées…
Mon « MOI » adoptif… mon droit absolu à l’exil.
Si Le Prophète Ayyoube (4) est atteint d’une acné, mon « MOI » est atteint d’une tendresse.
Le sang afflua dans le cœur de Kaddour Azzalt…

L’agent resta bouche bée, perplexe
Les gens, les amis(es), et les curieux aussi.
Kaddour Azzalt : je me souviens de ton écriture.
Reste là où tu es, tu es bien « situé » à l’abri.
Ne te mêle pas dans mes affres, s’exclama une voix enterrée dans son inconscient dévasté par un passé aberrant :
Repose-toi, tu as besoin d’un repos, d’une « touffe » de bûchettes, de morceaux de craie, d’un « toupet » d’une fillette !…
d’une plume, d’un encrier…
d’une table à (deux) fillettes !...
d’une tendresse… bien… bien forte… d’un « cahier » bien « entretenu ».
J’avoue, j’affirme que tu as contribué à la renaissance d’un pays.
A la « renaissance » d’une « touffe » de gens… !
Depuis ton premier « accès » à l’histoire, à l’estrade
Les terriers ne cessaient de mâcher tes dires, mes dires, et les siens…
Le monde, après toi, est toujours nu !
Loin de l’abri…
Près de ton « abécédaire »
Loin de ton âme…
De ta tombe…
De ton esprit… de tes pensées…
Éternelles.
Le monde commence à perdre sa salive…
Mais il est toujours séduisant !
Comme une femme stérile !...
Stupéfiant !
O… quel monde !
O quel… Kaddour… Azzalt !
Tu as besoin d’une lutte tardive, d’une autre agonie… et d’autres « écritures »…
Tout est affreux, même la joie de Kaddour, sauf les mouches qui « s’agglutinent » à tout moment autour de ton sucre !
Oui Kaddour, répliqua l’agent.
C’est une agitation, c’est un moment désordonné…
Mes amis… mes ennemis… mes alliés… mes confrères… mes camarades.
Agitez… remuez… secouez… dans tous les sens.
Causez une vie d’« inquiétude » et de quiétude… répliqua un écho dans sa tombe ténébreuse :

Aïeul Kaddour, aïeul Kddour, le petit frère… Le petit garçon gâté.
Kaddour l’ainé de mon « MOI » adoptif…
Tout simplement « mon » petit fils aîné…
Kaddour, ajourne ma folie, ajourne tes écrits, ton écriture, mon amitié…
Mon « allégresse »… mes souvenirs.
Kaddour répondit à toute allure : qui est l’allocataire ? moi, toi, ou l’alouette ?
Ajourne tout… même ta réponse… ton orgueil… ta fierté… ton droit à l’existence… ton droit aussi à ta « petite » maison que tu occupais dans mon cœur, dans mon esprit, dans mes dires…
Ajourne tout, ce n’est pas le moment de répondre… d’agir, et de rejoindre mes pensées… oui… cher aïeul, répondit l’écho aberrant : oui cher aïeul, car elles sont loin de « ton » abri, du « NON » droit à une réponse ! qui reste (elle) aussi loin de toi, de moi, de mon petit « MOI », de ton « abécédaire » qui est le mien ?!
Oui… Kaddour… ajourne tout, sauf tes pensées…
Instituteur ambulant :
Boussemghoun (3), Chellala (3), Khelfallah (3), (Saida) (3), les communes de la wilaya de Sidi-Bel-Abbès (3), et tous les patelins s’en souviennent, et Asla (3) où se repose ton âme…
Ajourne tout, ce n’est qu’un début d’un désastre délicieux !
J’avoue… j’avoue… j’avoue que, malgré ta mort, mon abécédaire est illisible.
Pendant que Kaddour Azzalt chuchota sa bassesse, ses idées craintives, l’agent pinça une partie du coin de sa mémoire :
– Tiens, tiens, cher confrère instituteur, je peux te détacher (en relaxe) et sans sanction, mais à condition que tu purifieras la terre de ses pénitences, à partir de tes rentes, tes redevances, en te dénouant de tes peines agitées.
Kaddour Azzalt se jeta miraculeusement contre son âme. Hacha ses sourcils, pâle, vêtu d’une autre âme dans un Verger dormant, dans une immense Sainteté, dans une attente.
Ses larmes attachées à son sort, comme une fleur fanée dans un désert, enlaçant son destin et sa sainteté errée dans un espoir désespéré, exténué dans un large spatial agité, accablé d’espoir, de mœurs, et d’amour.
Il tâtonna d’une main, d’un pied ; ses regards lointains, ses désirs et ses soupirs dans un feuilleton à mille épisodes.
A l’aide d’un autre épisode : un autre parcours vint d’être achevé.
Des pensées entassées cela-delà dans « l’incertain » d’un univers qui donna sur le coin de l’autre regard !… Un soufflement de vent léger venant d’un « oubli » agita – de temps à autre – son petit « nid »… dans un petit berceau… dans une petite « loge », récemment rénovée, dont un jeune arbre, quelques petites fleurs, plantes se disputèrent timidement, formant un bruit légèrement inaudible, accompagné d’un souffle rythmique comme si c’était une symphonie qui passa aux alentours d’un « clavier » à l’instant même, et à tous les instants, déchirant le calme des cieux…
Quelques « mélodies » dansèrent… se dispersèrent, librement, sous une musique douce, venant cette fois des (quatre) doigts, pianotant (un clavier), agitant, et ce qui reste d’une eau pleine de points de suspensions !
L’agent dispersa ses regards vers un inconnu erré dans son âme :
– Mais écoute, cher instituteur : inonder mon âme par tes moqueries, c’est un risque absolu qui provoque directement et sans recours l’expulsion totale de mon âme, de ses fonctions. Tu sais que je ne suis qu’un agent d’exécution, et je ne fais qu’exécuter la loi de mes supérieurs. La loi provenant du ciel !
Kaddour Azzalt en toute bassesse :
– Mais mon cher, tu as l’air d’un ordonnateur !
Dorénavant, appelle-moi Descartes dit l’agent Descartes le philosophe français, répliqua Kaddour Azzalt d’un ton rauque ?
Non, le céleste, répondit l’agent d’un ton arrogant.
Le ciel mâcha ses mots.
La terre trembla sous mon sommier.
Mes joues enjouées, inondées de larmes, jouèrent la première partie de la première pénétration de mon âme dans la sienne, aux recoins de mon lit, aux berges de sa tombe et son cercueil… dans ce feuilleton égaré dans mon désastre. Je criais, en pleurant, grelotant, effrayé : funérailles… funérailles…
Je rêvais, je songeais !

 

 

 

 

 AHMED KHETTAOUI

 

Écrivain et ancien journaliste algérien.

 

 

 

 


(1) Kaddour, nom propre d’un misérable instituteur
(2) Azzalt : misère en langue arabe (dialecte algérien)
(3) Villes et patelins en Algérie
(4) Prophète Ayyoube

 
 
Ahmed Khettaoui - DR

Ahmed Khettaoui - DR

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