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Epître langue louve fragments 5

De main méditante

 

On prétend que la parole voit où nul ne l’entend

Edmond Jabès

 

 

 

 

Tout résonne

entre son ordinaire et

sa surprise. Un silence d’avion trop haut

pour l’entendre. Corps absents dans le défait du lit

leur disparu dans les habits à la patère –l’impatience de l’inattendu

comme

vivre une seconde fois

tirer du confus un dessein ordonné et durable.

Le mécano des cœurs qui inclinent leurs becs vers cet endroit où on est soi avec ce que l’on est (ok je t’aime amour et je travaille mes textes)

s’actionne sans récit ni qualification

dans sa hâte. Sa caresse.

Son poing parfois

 

 

 

Sur la mer criblée de tirets, la jaserie rieuse des mouettes. Leur écho de graphes et de cris. Leur pointillé d’histoires indéchiffrées c’est nous qui regardons dans son emportement.

Au compas d’un arc-en-ciel des cimes à la côte, son pas courbé de cheval d’échec – entre-monde écarquillé au grand angle de voir – l’arceau jardinier de la parole

et son blason vertigineux

 

Pendus à fleur de lèvres ses contes à faire s’envoler les crapauds

convoler en noces bécotantes le cliquetis

des os

Le babil de Babel à sa mesure fourmilière, la tanière, le berceau, le tout du partir et du retour, les poches de rien et de rêves, le défilé des doubles besaces – monts/mer, truites et perdrix, étreintes et enterrements.

À ce bord à bord déplié du cornet sans surprise, la chansonnette d’une histoire seulement nôtre

le bruit des mots entre les dents

leur manducation

leur bégayement – le nôtre –

cette bouillie de chair et de signes

on s’en nourrit

 

 

Outremots à la ceinture

dans l’outré du retrait comme de l’expansion

je ne vais qu’à pitié

dans la peur du malheur et son labour infatigable

à force

à force de savoir la mort sur nos visages

nous séparant une nouvelle fois séparant langue sèche au palais

mâchoires sans salive des cadavres (bien trop serrées

pour du silence)

j’ouvre les miennes

toujours l’ouvrant gueule bée

vers un trille de joie

l’oreille qui parle dans la gorge

c’est son effroi ou son amour

qui dit

 

 

 

Devant cette mer sans finition et son tissu de sec, son écoulé maille à maille de mêmes millénaires, le quotidien des cris, des ballons, des serviettes étalées sur le sable, des fesses moulées dans les maillots juste à hauteur du front.

Entre la bleusaille de vagues et un immense dont rien ne les soustrait, le fourbi vacancier et sa gravure au poinçon sur la fournaise, une déclivité – le pas de l’Ange, le saut de l’échelle sensible.

Intervalle d’oubli ou de béatitude à des visages soudain

de mammifère doux

 

Sur quelle portée ce malhabile qui retient quelque chose de nous ? dis-tu

son ballot de babioles disparates roulé à la va-vite dans la toile de l’air

est-ce tout?

 

Retiens-nous amour my love lieblich Wölflein luce de la mia vida

berne lou lume comme l’aïeule en son patois

et la lumière éteinte éclairait le fredon du torrent dans les gorges

raconte, invente, égrène les abracadabras, épelle les voyelles du Nom sous la langue du Golem, chante l’hymne de résurrection, les sutras de délivrance, entonne les dévotions des chamans ou la clameur de stentors prophétiques, braille ou balbutie quelque chose qui retienne un instant la main sur l’ici

Cet abrupt de ravin qui croule dans l’en-dehors

du rêve

c’est qui mourant ?

et langue quitte

langue

dans l’interminable et

la lenteur

 

 

Vers quoi le pas et la parole ?

les égratignures de lointain sur

l’horizon qui tangue

leur fumée et l’élan demeuré dans la chair ?

Dans le bouillon cérébral tremblé d’enseignes sous les ressauts du bus

l’ergot dru de la déraison – un crin ébouriffé ou une nouvelle coiffure –

les pleurs bouillants / la cruauté / les siècles / la ferraille des cockpits

le gant tiède de l’air

la pluie grosse avec son cou couleur de bible ouverte

la gratitude d’aimer où s’interroge ce qui cherche

Est-ce l’appui central, l’épître, le commerce commun

ou bien un toit de toi dont la gouttière goutte ?

 

(…)

 

 

 

Extrait de fragments 5

De main méditante

in  "Epître langue louve"

Editions de l’Amandier, 2015.

 

 

CLAUDE BER

 

Elle se présente :

Claude Ber a publié une vingtaine d’ouvrages (poésie, théâtre, livres d’artistes, essais). Parmi les derniers parus en poésie : Il y a des choses que non, Epître Langue Louve, La Mort n’est jamais comme (Prix International de poésie Ivan Goll). S’y ajoutent livres d’artistes (derniers parus : Paysage de cerveau, photographies Adrienne Arth, Les Pourpres, peintures Anne Slacik), ouvrages collectifs, publications en anthologies et revues, dont plusieurs lui ont été consacrées (Nu(e) n° 51, Poésie Première, Autre Sud n°42). Traduite en plusieurs langues, elle donne de multiples lectures en France (Maison de la Poésie de Paris et autres Maisons de la poésie, CIPM etc) et à l’Etranger ainsi que des conférences rassemblées dans Aux dires de l’écrit. Agrégée de lettres, Claude Ber a occupé des fonctions académiques et nationales dans l’éducation et enseigné parallèlement en université et à Sciences Po. Site : www.claude-ber.org

 

Actualité : Lecture de son dernier livre Il y a des choses que non, Editions Bruno Doucey 2017,  à la Maison de la Poésie de Paris le 25 janvier 2017 à 19h.

 

 

 

Claude Ber - DR

Claude Ber - DR

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