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 Textes inédits extraits du manuscrit « Va où le vent t’emporte »

 

 

 

Chemins perdus de nos forêts lointaines

 

 

 

1

 

Ils s’entraident, rampent avec peine. Comment pourrais-je plus longtemps fermer les yeux sur ces regards dont je n’ignore plus rien de leurs souffrances, de leurs douleurs.

 

Cette perception intolérable du monde

Si monde, il y a encore ?

 

Je n’ai plus de racine

Comme cet arbre abattu

Je suis déraciné de ma terre mère

 

 

 

 

2

 

Tout cela me fait rêver du pays. Les eaux vertes bouillonnantes de la rivière, les grottes obscures à flanc de montagne. Ours qui grogne, dragon qui gronde. Au sud volent les oies sauvages.

Je pense à vous lointains exilés. La tristesse m’emporte comme un gros nuage noir dans la tempête. Ici ni là, à travers la vaste plaine, il ne reste plus rien, si ce n’est des barbelés, des bottes de sept lieux en caoutchouc et quelques SOS résignés. On n’entend plus que le bruit sourd des pas dans la glaise. Des couvertures sombres enveloppent les corps oubliés sur le bord du chemin. Qui claque des dents pour inviter les dieux ? La tête courbée sans dire maux. La mer se voudrait profonde pour y engloutir tant de chagrins, de corps funestes.

La main qui se tend

Ne peut venir que du fond du cœur.

Il est trop dur de vivre sans aimer.

 

Je regarde mon village

Mais ma route est sans retour.

 

3

 

J’entends leurs cris et leurs sanglots. Dans le village on se lamente sur son propre sort.   Ils arrivent ! L’aubergiste veut bien ouvrir son étable à cette famille qui attend un enfant. On ignore tout de ce chemin macabre, de cette ombre épaisse de la peur qui nous tenaille le cœur.

 

Tout à coup

Il fait de plus en plus froid

Près de ce corps oublié en pleine lumière

 

 

 

 

4

 

Le voyageur sans bagage, au milieu de la nuit, brûlé par le givre n’arrive plus à nouer sa ceinture. Parfois un cri de détresse plane par les mers et les champs.

 

Ne laisse pas vide, la main qui se tend.

 

À quoi bon raconter cette histoire

Avec cet air terrible de déjà vu

Si rien ne vous rattache à rien

 

 

 

 

5

 

Tourbillon tournoyant pris entre ciel et terre. Les vents contraires les emportent. Mille brins de tristesse. Un pétale de fleur s’envole mais les nuages restent noirs comme l’encre.

 

Vous qui fûtes berger des Pouilles,

Que saviez-vous de la peine des autres ?

 

Taillés en pièces

Vestiges de nos dernières illusions

Chemins perdus de nos forêts lointaines

 

 

 

 

 

 

 

6

 

Sur ses gardes,

Le chien de mon voisin,

Entre cloches et tambours,

Fait un bruit à renverser ces murs

Qui nous égarent les uns des autres

 

Assis seul,

Au milieu de nulle part,

Un homme joue de la guitare

Et chante à pleine voix,

Son chant du départ.

 

 

 

 

7

 

Nous décaperons la réalité au court-bouillon de nos illusions. Parfois les dieux se fourvoient, quand l’homme égrène sans cesse le même chapelet.

 

Près des charniers absurdes

Des squelettes de ce qui fut

Hier encore des hommes

Font taches blanches

 

Lorsque l’horreur n’a plus de nom

Qui peut encore la décrire ?

 

 

 

 

8

 

Demain, lèverez-vous le bras droit en signe de ralliement, avant de vous courber, front contre terre, les regarder parader les yeux fermés. Ces petits clowns de pacotille, le nombril bien à l’air, leurs bottes bien cirées. Immense écho, dans l’antichambre des nuits sombres d’un repli sur soi.

 

Ils reviendront hanter ces lieux

La même peur m’envahira

Comme une pluie rageuse et un vent fou

 

 

 

 

 

9

 

Résister, résister, résister, jour et nuit. Résister encore. Lasse est l’amertume, cette lassitude intérieure. Il faut oser se lever, reconnaître le chemin. L’espace visible et total. Nulle tour n’est trop grande à nos yeux. On ne se taira pas une nouvelle fois, nous déploierons nos paroles lumineuses par tous les champs dévastés. Ecoute cette chanson qui court à travers le monde. Ces aboiements de chiens qui grondent derrière les niches de garde. C’est le matin que lou soulèu se lève. Ce sont toutes ces fenêtres qui s’ouvrent pour laisser le cri se répandre à l’horizon. Désolé, contre tous les murs qui nous font face, nous continuerons à rêver, même par temps de brouillard.

 

Laisse une petite lumière

Ici est là et puis une autre.

 

J’aime ta main légère

La brise chaude et douce de tes lèvres

Tes histoires qui parlent parfois de nous

 

 

RICHARD TAILLEFER

 

 

Plus d'infos : https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Taillefer

http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/richard-taillefer

http://www.printempsdespoetes.com/index.php?url=poetheque/poetes_fiche.php&cle=914

 

Richard Taillefer - DR

Richard Taillefer - DR

Tag(s) : #poèmes

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