Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - GUY KNERR

Publié par LE CAPITAL DES MOTS sur 22 Octobre 2016, 16:33pm

Catégories : #poèmes

Un jour les visages n'ont plus de nom. Le peu de leur reflet tombe comme un galet au fond de l'étang. Et il faut longtemps plisser les yeux pour retrouver le scintillement d'une larme, le bref soleil d'un sourire à la surface des grains de sable.
C'était le vieux monsieur du dernier étage qui ne faisait jamais de bruit, dont l'ombre blanchissait à chaque palier et que dimanche habillait en dimanche. C'était un enfant dans la cavalcade des escaliers, un petit écolier jamais à l'heure qui vous criait "Bonjour !" en passant et parfois une bille tombée de sa poche le mettait plus en retard encore. C'était vous peut-être. Pardonnez-moi si vos traits me prennent en défaut. Mes yeux ne me feront pas le coeur plus grand. J'ai celui que m'a donné une femme. D'elle je me souviens. Elle s'appelait maman.
C'était bien assez pour mes larmes et l'insouciance des ciels. C'est bien assez pour arriver à la fin du jour.
Ces mains ne sont plus à moi. Elles appartiennent aux châteaux de sable, aux caresses des corps aimés. Elles sont l'oiseau des confidences à l'épaule d'un ami. Elles sont ma tremblante mémoire.
J'ai fait comme chacun, j'ai roi, j'ai aimé, j'ai pleuré le tout mêlé de solitude comme du vin coupé avec de l'eau. La vie mettait cela dans l'ordre qu'elle voulait, comme on arrange un bouquet de fleurs. Mais je ne me souviens plus de mes rêves, de mes chagrins. L'espoir, le désespoir, sont mêmes matelots. Le bateau depuis longtemps est en rade. Les voiles ont été remisées.
Mon passé est un clown à la parade.

 

 

GUY KNERR

 

 

Il se présente :

 

Guy Knerr est né en 1963 en Lorraine. Ses textes portent l'empreinte de sa terre d'enfance. Après des études de biochimie puis de lettres modernes, il devient instituteur. En 1992 il gagne la capitale où il se produit dans quelques cafés- théâtres à dire de la poésie. Il reprend ses fonctions d'enseignant l'année suivante. En 1995 il publie un mince recueil, Sentinelles, aux Cahiers de Garlaban dirigés par Jean-Luc  Pouliquen. Certains de ses poèmes ont été publiés dans diverses revues. Il vit actuellement en banlieue parisienne.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Béatrice HOREL 23/10/2016 18:25

Quelle douceur, elle laisse un sentiment d'infini...

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents