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La clé

 

Elle a des volutes cuivrées, où des reflets dansent. Git en elle un pouvoir immense: elle ose le voyage, l'échappée, le rêve. Elle sait la peur juste avant le geste, la paume fragile, les doigts tremblants. Si elle tombe, elle rend un bruit de cloche frêle, doublé si c'est la pierre qui l'accueille ; la belle jetée de haut peut rebondir. Elle se donne à tous les temps, si prompte à ouvrir les coffrets de lettres gisantes, les portes des pièces qu'on quitte pour s'inviter dans la suivante. Elle tient dans ses formes rondes le passé, le présent, l'avenir. Et remplit tout juste la main.

Parfois elle se fait infime et donne deux ou trois tours pour qu'un air grêle s'échappe d'une boîte à musique.

D'humains à humains, quel seuil franchir sans son aide ?

Il est un lieu dans l'infini des choses, que j'ai rêvé d'abord, puis doucement a pris des contours, un relief, une solidité. Un jardin, un regard, un être, des montagnes dessinées au loin. Un muret, un corps assis. Un paradis, peut-être. Une clé serait utile, mais elle se perd dans des poches trop grandes ; un service qu'elle me rend. La trouver, c'est plonger en toi, t'ouvrir en grand comme on le fait d'une maison longtemps fermée, en laissant tous les vents s'engouffrer au creux de la pierre, gicler le sang du bois, et c'est violent, irrespectueux, dommageable enfin.


 

T'atteindre, et m'effacer. User de cette clé que tu as toi-même dessinée, au fil d'un fil tendu de mots complices, reconnus. Cette clé est la musique même, de sol, de fa, des songes, la clé universelle; tu l'as posée dans ma paume en me disant : "N'en fais rien".

C'est un objet de brume, une transparence irisée, un labyrinthe qui finit par se fondre, lèvre à lèvre, avec les lignes de ma main. Ainsi est-elle ancrée. Mais elle palpite, bat comme un cœur sourd. Ne peut pas être remplacée comme dans nos villes froides par un code qui l'est tout autant. Inscrite. Elle est nous avec le poids de ce qu'on tait, et celui de ce qu'on dérobe. Avec la part d'ombre qui est nôtre, et les fêlures timides évoquées à mots de givre, légers comme la buée d'un souffle au cœur de l'hiver.

Tu la dessines, afin que je te trouve au cœur de cet hiver là, mais pas trop, pas trop vite, pas n'importe comment. Je la trace sur le sable de ta paume ouverte, pour que tu cesses de me regarder, et que tu me voies.

Ne prends pas le chemin droit. Passe par l'océan où peut-être tu jetteras la clé vers les dunes, là, au bout. Vers l'oubli bienveillant, car je sais que c'est cela que tu veux.


 

La clé m'entraîne vers un port dont je ne connais pas le nom.

 

 

 

***

 

Prémices


 

C'est comme un frisson doux qui passe
Une lumière un peu plus bleue
L'espace
Tout près des yeux

C'est une ride à la rivière
Un chant d'oiseau filé sur l'eau
Hier
Comme un écho

C'est le jour qui s'attarde en douce
Un temps qui s'étend comme un drap
La douce
Heure que voilà

C'est ton sourire sur les choses
Tes yeux qui voient la fleur venue
La pause
Si bienvenue

C'est l'hiver dedans qui grimace
Le givre un peu moins sur le toit
Nos traces...
Reste avec moi.
 


 

 

 

JOËLLE PÉTILLOT

 

 

 

 

Elle se présente :

 

 


Née le 1er octobre 1956

Graphomane, ayant toujours écrit y compris en travaillant et élevant trois enfants. A présent que le temps n’est plus compté, elle noircit des pages à des heures diurnes, ce qui est d’un reposant...

Née au sein d’une famille à forte dominante artistique, donc issue d’un milieu inclassable, et curieux de tous les autres. Venue tardivement, elle appartient à une fratrie dont les aînés auraient pu être ses parents. Ce décalage générationnel a permis une conscience vivace de l’importance de la transmission.

 

 

 

Auteur de deux romans et d’un recueil de nouvelles

- La belle ogresse

- La reine Monstre

- Le hasard des rencontres

 

Parus aux éditions Chemins de tr@verse

Joëlle Pétillot - DR

Joëlle Pétillot - DR

Tag(s) : #poèmes

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