La dualité de l’être mythique

 

 

Et par toi je suis entré dans le banquet du monde…, aux labyrinthes des gouffres putrides. Ô femme majestueusement belle ! Tu m’engendres mille fois dans les revers de tes jambes. Ô femme ! Pierre de jaspe, éclatante, pierre d’améthyste de mille couleurs disséminées sur l’horizon blêmi. Je t’aime comme ce couteau planté dans la tête de la nuit. Tête de Méduse tête de monstre. Ô criminelle de l’aube. Mangeuse d’abîmes de falaises, de pierres tombales et de pierres sanglantes. Noire sirène monstrueuse que j'aime, tu m’entraînes là où triomphent les innombrables écueils. Ô chante ! Chante ! Chante ! Chante donc encore pour les matelots ! Mangeuse de pierres. Mangeuse d’algues marines et de roches obscures… Ô chante ! Divinité du mal. Tu bouffes les araignées noires, corbeau ravageur de mon cœur ensanglanté. Et pourtant..., tu fais la lessive de la nuit dans ma cervelle aquatique. Ô femme, tu es la mer qui broie les voyageurs, la mère de mes chutes insondables, et tu es aussi cette flaque d’étoiles, dansant librement sur mon ventre morbide.

Je t’aime comme un film d’horreur.


 

 


***

 

Pour la fille en transit dans mes songes

 

 

J'ignore qui tu es j'ignore d'où tu viens. Ton origine. Ta nature. Tes griffes... Tes pattes de griffon. J'ignore tout. Oui tout. Absolument tout. Ange. Démon. Diablesse. Sorcière maléfique surgissant des ombres nocturnes catapultées du tartare. Je t'aime comme le soleil sauvage galopant sur les bras de mer. Je t'aime comme la marée montante qui file dans le ciel comme un cerf-volant. Je t'aime comme les récifs de mes aventures de chien, comme la houle dévastatrice naviguant sur ma poitrine. Je t'aime comme une tempête, comme un cyclone enragé sur l’océan, je t’aime comme un cyclope épouvantable, je t'aime d'un amour marin dans tes infinis mouvements de ressac… Ô ma sirène endiablée, mon hyène tachetée échevelée, j’aime ton rire désagréable dans les déserts de l’amour, et je t'aime avec la rage des vampires assoiffés, insatiables… Ô Reine des Enfers. Perséphone de mon île fermée. Je t'aime tout simplement, parce que tu es ma légende inaccessible, ma pomme infernale de poète maudit, mon raisin impossible du rêve inachevé, ma boite de Pandore sacrée éclatant de l'abîme lumineux. Je t'aime dans la pagaille des mots qui se bousculent, dans la résurrection de la charogne délicieuse. Je t'aime parce que tu es un spectre de grands malheurs, fulgurance fatale d'un ciel déchiré. Je t'aime parce que tu es la mythologie la plus loufoque que j'aie connue. Et je t'aime encore au seuil de cette complexe élégance oxymorique qui fait de toi une fille des nues, étoile grotesque, accrochée au ciel de bronze. Je t'aime dans l'infini pittoresque de la dextérité de tes doigts enchanteurs bénissant les dieux. Ô visage-galaxie resplendissant de beautés stellaires, je t'aime…, parce que tu portes la Voie Lactée dans ton regard qui brûle la planète entière, mais je cherche une pierre qui n'existe pas sur une planète inconnue.

Je t'aime aux innombrables fenêtres aux vents de mes myriades d'antithèses...


 

 

***
 

 

Ultime quête sadomasochiste par-delà le Styx

 

 

Mitrailles. Ferrailles. Rafales d’avalanches de mysticismes d'ésotérismes..., déferlements de poussières dans la nuit orageuse. Pluie d'enfer et d'étains et de plombs bouillants tombant sur mon corps. Ô pantins-statuettes-marionnettes fantastiques de la dramaturgie du chaos. La belle migration nocturne amnésique hystérique du matelas voguant naviguant dans le lac du silence. Ô big-bang magique, les murs voyagent à l'envers dans le mitan de la nuit. Catastrophes de chair et d'esprit et de muscles décapités. Une chorale. Une voix. Une musique fantomatique. Et, serait-ce encore l'orchestre si funeste de Satan ? La macabre fanfare ridicule ? Ou la monstrueuse danse morbide du diable ? Non ! C'est du vent. Du vent qui passe... Le vent de la femme passant désagréablement sinistrement dans mes rêves assombris. Ô femme miraculeuse, désagréable odeur infernale, effluve de dragon effroyable, croquemitaine de mes diurnes visions fantasmatiques, tu t'en vas et reviens à chaque fois comme un fantasmagorique revenant, noir papillon fauve folâtrant dans mes plus sombres hyperboles vespérales, m'extirpant de ma grotte souterraine de mon trou de crabe solitaire. Je t'aime comme le dernier poème gravé sculpté sur le navire de Charon, je t'aime comme mon ultime quête sadomasochiste par-delà le Styx où nous nous sommes rencontrés..., un clair de lune de mauvais présage; ô mon fleuve empoisonné, ô mon sacré Colorado. Combien d'oboles ai-je déjà versées pour cette périlleuse aventure ? J'aime tes pattes d'araignée sur mes rêves étoilés. J'aime aussi te prononcer les mots " je t'aime " dans les méandres du poème, dans les lumières glacées du labyrinthe, puisque t'aimer est désespérément un acte combien suicidaire, un verbe typiquement apocalyptique orné de corbillards migratoires, et, le poème : une tour virtuelle que je gravite dans sa plus haute cime pour me jeter à l'envers dans les falaises du monde...

Je t'aime comme une chauve-souris...


 

© Raynaldo PIERRE LOUIS

 

 

 

RAYNALDO PIERRE LOUIS

 

Il se présente :
 

Raynaldo Pierre Louis est né le 7 décembre 1990 à Jacmel, Haïti. Les disparitions prématurées et tragiques de sa mère en 1994 et de son père en 2003 ont causé en lui un vide abyssal plus empoignant encore que le néant. Raynaldo a trouvé sa raison de vivre par l'écriture qui, comme tout auteur ou artiste marqué par le sort, permet l'accès à une dimension nouvelle... Edité en France et en Haïti, poète d'expression française, créole et espagnole, il a contribué comme auteur à l’Anthologie Poétique de l’Amérique ‘’ Chamote, una amalgama de voces de nuestra América ‘’, publiée sous la direction du poète-éditeur argentin Gito Minore. Raynaldo vit à Saint-Domingue depuis aout 2012 et mène toujours une vie littéraire active. Parmi ses oeuvres poétiques publiées on peut citer : Kaléidoscope de couleurs fauves, ( France,Edilivre), Sur les Ailes de Pégase ( Haïti, Editions des Vagues, réédition en France aux Editions du Pont de l'Europe ) , La Sveltesse de ma Danse, ( France, Editions La Perle Noire) , El viento exótico de Ultramar '' ( à compte d'auteur, 2015 ), Un Regard vers l'Orient, (Editions du Pont de l'Europe).


 

Raynaldo Pierre Louis - DR

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Tag(s) : #poèmes

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