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C’est comme un rêve


 

C’est comme un rêve, comme un départ. La cathédrale bleue qui mord le ciel et tremble son secret de pierres, dans la chaleur.

Des silhouettes effilées s’arrêtent un instant, se posent sans prendre garde, et vieillissent avec douceur.

Les chemins s’enroulent en tresse, et leur fin devient invisible, noyée dans la saison qui marche, sans dire son nom.

Est-ce la mort qui les arase, au point qu’on ne les cerne plus ?

Vers quelle encre vont-ils se perdre, quels murmures font ployer les branches, que disent ces feuilles écartées ? Les mots de quelle éternité ?

C’est comme un rêve, comme un départ.

Je perds ma trace sur mes paumes ma route est sur ma joue et si je crie dans mes mains soumises personne n’entendra que le vent.

C’est comme un rêve, comme un départ

Les anges épicés s’évadent.

Délicatesse sur le monde, bien enfouie, et la soie des ailes se fait dissoute

La crasse monte

Et le ciel saigne

Les cris rampent et restent en bas. Le petit garçon sale ne pleure même pas.

Il attend juste.

La mer là-bas, la mort devant.

Un jour je croiserai mon ombre sur un pont inconnu.

 

 

 

***

 

De paume et d’émoi


 

Tu es cet océan où grouillent les possibles, la gifle comme la caresse.

Une page vivante, une peau qui respire

Et porte les traces indéchiffrables de ce que nous sommes.

En toi se conjuguent le temps et la chance, l'amour et l'avenir,

Cela et leur inhérent contraire, la mort, présente au dernier point du dernier sillon, pas loin du poignet pour les supposés centenaires.


 

Elle en dit, des choses, cette traversière qui ne révèle rien.


 

Sur toi la tête du tout petit repose, y dort à pleine joue.

Sur toi sa main légère au point qu'on douterait de sa vérité si les doigts minuscules, souvent refermés, ne prenaient si peu de place en ton milieu.


 

Tu deviens parenthèse, contenant un visage enclos par toi et ta jumelle,

Pour clouer un regard et ne rien perdre de ce qu'il dit.

Ou de ce qu'il ne dit pas.


 

Tu es l'île que la main convoite, quand elle ne t'a pas encore rencontrée.

Celle qui frémit la première fois qu'elle est touchée, par quelqu'un que l'on attend.

Et quand la paume de chacun se trouve et se contient,

C’est plus dense, plus sensuel,

Peut-être plus bouleversant que tous les baisers à venir.

C'est que la mémoire gît là aussi.


 

Les tous premiers d'entre nous savaient que tu es trace,

Et se sont signés là, sur des rochers immémoriaux,

Alors même qu'ils n'avaient peut-être pas de nom.


 

Tu t'ouvres à la lumière

Et le silence des choses dit alors "je donne", comme "je reçois".


 

Tu t'ouvres à la lumière

Pour mentir le plus souvent,

Quand on prend l'air aussi profond qu'on peut pour prononcer un solennel : "je le jure".


 

Tu voyages sur une peau dont on a faim, juste avant la bouche,

Mieux qu'elle, parce que tu traduis l'histoire racontée là par ces creux,

Ces courbes,

Ces collines,

Ces rivières recelées par l'autre et dont toi-même ne mesure pas l'infini;

Mais tu l’approche, c'est déjà çà.


 

Tu es ce que nous avons de plus indéchiffrable

De plus utile

De plus inconnu.


 

Terre creusée de sillons qui ont un sens,

Dis-moi ce que tu sais.


 

Je te porte à l'oreille comme on écoute un coquillage.

Le bruit de la mer est là, toujours.

Oui, la mer bat au cœur de la paume,

Qui murmure sous notre peau.

Notre humanité est là, toute entière,

La mémoire, l'amour, le sexe, la mort.

Alors, bien sûr, tu vieillis, avec la beauté d'une écorce.


 

Tu vieillis.


 

***
 

17- Nouvelles


 

L’orage s’en va

L’orage ne viendra pas


 

Ce qui bat là, dessous l’étrave

Les cœurs serrés s’ouvrent vers l’eau

Vers le ciel qui désentrave

Les rêves redeviennent beaux


 

L’orage s’en va

L’orage ne viendra pas


 

Un sourire, une ombre une voix

Mais rien qui blesse à l’heure douce

Les souvenirs n’ont plus de poids

C’est leur légèreté qui pousse


 

L’orage vers l’horizon blanc

Je danse ainsi sur cette écume

La paix remplace droit devant

Les lents fantômes de la brume


 

L’orage s’en va

L’orage ne viendra pas


 

Je danse ainsi sur cette écume,

un souffle bleu me fait vivant

Les lents fantômes de la brume

Dorment avec les goélands


 

L’orage s’en va

L’orage ne viendra pas


 


 

Je danse ainsi sur cette écume

Je danse ainsi tout droit devant.


 

***
 

Moire et mémoire

 

 

 

Qu'y a-t-il en toi, mémoire ? Que cèles-tu, qui me dépasse

et que je ne peux effacer ?

Ces chemins, loin, que je n'ai pas pris ...

Il me revient l'envie d'envol; j'ai dit l'envie, pas le regret.
Où sont les morceaux étonnants, les bouts de toi qui vont dormant

Et s'éveillent à une couleur, une ombre, un nom, l'ombre d'un chant, d'une saison ?

De quoi sont faits les pleurs, dedans ?

L'adulte, là, revient de quand ?

Où est l'ailleurs gardé dans tes falbalas de tricheuse ?

Qu'est-ce qui dans ce temps filé fait de toi une sacrée menteuse ?

Que sais-tu de nous, mémoire, toi dont les serres agrippent en ricanant l'ombre des choses, pour les vomir d'un jet bien noir, les nuits où on n'attend plus rien ?

Que fais- tu des humains liés à ton fil de plomb, ployés sous la charge, la trace, l'empreinte éprise, sans te lasser, au cœur de ces milliers de crâne, la trace, oui, cette plaie, que tu déchires à dents pressées, comme on découpe une signature.
Tu as des façons d'assassin.


 

Je n'aime pas ton rire de clown, non plus ta méprisante bouche, folle nausée, bouche-dégoût.

Et le passé en bandoulière, à l'épaule comme un fusil, et plus loin, jamais loin, l'oubli.
Ah, tes manières de coquette, tes frisures entortillées,

Ce bal fou des réalités qui se tordent sous ta rapière; tu es une acrobate, en fait.

On a du mal à t'attraper.
A ta manière de jouer, comme on le sent bien, ton plaisir.

Celui-là qui te fait tanguer parce qu'on laisse au fond des poches les clés qu'on a cru déposer, parce qu'on se sent affolé, le mot qu'on cherche, le prénom, où ai-je bien mis ce papier ?

Et ma vie ? Où je l'ai rangée ?

Sur le gris, te voilà bavarde, toujours quand on ne te voit pas.

Le pire revient comme une gifle, et nous petits de rien humains, alors qu'on se sentait si forts, on sait, alors, bancroche fée, qu'on ne guérit jamais de rien, et surtout pas de nos chagrins.

Dis- le, que les faire revenir, surtout à l'aube, ou bien la nuit, ça te fait bander. Hein ? Dis-le.

Mais voilà, absurde crécelle : le pire de tout est ton silence. 

Un danger, bien plus que ta fuite, les glissades, le tout déformé.

Plus que les trous ennuagés que tu creuses avec ta patience, dans ces têtes martyrisées.

Que nous dis-tu alors, mémoire ?
Que cries-tu, dans ce que tu tais ?


 

JOËLLE PÉTILLOT

 

 

 

Elle se présente :

 

 


Née le 1er octobre 1956

Graphomane, ayant toujours écrit y compris en travaillant et élevant trois enfants. A présent que le temps n’est plus compté, elle noircit des pages à des heures diurnes, ce qui est d’un reposant...

Née au sein d’une famille à forte dominante artistique, donc issue d’un milieu inclassable, et curieux de tous les autres. Venue tardivement, elle appartient à une fratrie dont les aînés auraient pu être ses parents. Ce décalage générationnel a permis une conscience vivace de l’importance de la transmission.

 

 

 

Auteur de deux romans et d’un recueil de nouvelles

- La belle ogresse

- La reine Monstre

- Le hasard des rencontres

 

Parus aux éditions Chemins de tr@verse

Joëlle Pétillot - DR

Joëlle Pétillot - DR

Tag(s) : #poèmes

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