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Chroniques


 

  1. Effondrement


 

Dehors aux premières heures

on fait imploser les barres d’immeuble


 

Aux alentours des terrains vagues

récoltent la poussière tenace

qui efface les traces

des jours morts


 

Et l’on doit rester chez soi

quand de lourds pans de béton

s’effondrent

et l’on écoute

le grand bruit qui embrasse l’horizon


 

Ainsi les hommes

dans l’attente

des bruits de la pierre

et du silence

des distributeurs vides

et des réseaux éteints


 


 


 

  1. Entrées d’écoles


 

Allée Darius

Darius Milhaud

te suivre c’était

suivre la voie des morts

voyage quotidien

pour aller aux écoles

liasse de papiers serrés

entre jeunes chargés

de cargaisons d’enfants

bavardages de cafés


 

Allée Milhaud

des massifs d’immeubles

sous l’oeil des professeurs

disparus des sonneries

des portails fermés

jusqu’à la Villette

où l’on chaloupait le dimanche

et le tract remis

au parent occupé

restait sur le sol


 


 


 

  1. Lundi 16 novembre


 

Pas un mot dans la stupeur

et quand je regarde

la grille tombée aux chics types

les fleurs et les bougies posées

une jeune femme rousse sourit

parmi les quatre du treize

dans une saison improbable

à l’orée d’une terrasse claire

à revoir yeux clos

mais bien vivant

sans l’ombre d’un rire

rêvant nez au vent


 


 


 

  1. Portrait de famille


 

Les rituels du soir sont déteints

le père se promène rentre seul

et les enfants happés dans des écrans

ailleurs


 

Et la mère s’affaire

à des tâches lointaines

le repas n’est pas pris ensemble

Ensemble

nous nous aimons

bien mal sans doute


 


 


 


 


 


 

V.

 

Quand les tours fatiguent

dans leurs cercueils de verre

on voit des draps tachés

du sang aux fenêtres

de mariées kabyles

tandis que dans l’encre de la nuit

brille l’or du temps

arraché au sourire d’une fille

qui se pend en catimini

dans le cri de sa chambre

et sa vengeance silencieuse

fait pleurer

 

Et le médecin légiste arrive

apporte des fleurs vertes

qu’il jette avec la fille

dans tous les cimetières

 

Bientôt dans votre crasse dormante

vous tomberez sur la terre froide

de ce siècle sans pieds

soumis aux financiers

inondé de marchandises nombreuses

parmi les étendards stupides

mais la suicidée aura disparue

même pas dans les mémoires

malgré les quartiers démolis

qu’elle cache dans sa poitrine ouverte

malgré les pleurs et les mains vides

du peuple de la rue

en décomposition

 

 

 

 

 

NASHTIR TOGITICHI

 

Il se présente :

 

Nashtir Togitichi, né en 1959, psychologue de profession, vit à Paris. Lit et écrit de la poésie pour vivre, un peu comme d’autres feraient de la méditation.

Publications sur le net : dans « Le Capital des Mots », « Francopolis » et prochainement « Recours au poème ».

A publié un recueil  : Si tout se casse la gueule, précédé de Contraintes du temps, Edilivre, Septembre 2015


 


 


 

Nashtir Togitichi - DR

Nashtir Togitichi - DR

Tag(s) : #poèmes

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