ELEGIES A LA FEMME DE L’AUTRE

 

le vin,

tournoiement de lueurs,

entrouvre une porte

où les lèvres s'avouent

ce que tant de mots taisent.

 

(Jeudi 30 janvier 1992, PARADIS LATIN)

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L'instant évanoui

crispe la main;

la route redémarre.

Et le rock coule,

glissando inlassable .

Le bleu des gyrophares

sème les trouées d'arbres

d'exordes inquiètes.

Demain, nous le savons;

oui, demain, nous mourons.

Non plus de notre mort,

mais de point être nous.

Opportune, à rebours,

une excuse naîtra

pour conjurer nos craintes.

Et nous nous bénirons

d'être enfin devenus

de sages adultes

courant à reculons.

 

(Mardi 17 Mars 1992 )

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L'oeil hésite à l'orée

d'un paisible mirage.

La main glisse, évincée,

sur l'ombre à l'étiage.

Hors que ne puis-je nier

tant ton regard me scrute?

Regain, augure ou lutte ?

Psautiers et credo clos

la soie de ton corps hante

l'éveil de mes chaos

et comble mon attente.

L’esclave, horde aux abois,

de massacrer se targue.

Seul le prêchant argue

ses insipides fois.

Dors ! Créée sous tes doigts

notre bible les nargue.

 

(Dimanche 22 Mars 1992, JAZZ)

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L’obstacle s’accroît.

Quel dieu lucide

tisse nos floraisons

d'expertes litanies?

Sourd, courte, des engins,

l’absconse épithalame

que nul soleil d'été

ne dissipe.

Patience floue

d’un regard épousé

puisant sa dîme

au creux remuement

des saynètes et des rues.

L'impossible présence s'impose,

brocardant nos mémoires.

Conquérants en déroute,

nous refermons les yeux,

chassant nos songeries

pour nous croire vainqueurs.

 

.............../................

 

Insistance des jours,

l'heure élue prime l'œil

et forclos nos projets.

L’oubli,

le bruit,

l'avers.

Quoi ? Sinon un éveil ?

Subsiste, hors champ, la trace.

Notre errance l’arase.

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Plus absolus qu'un pourcentage,

les volets clos des maisons corses

authentifient l'exil d'un peuple.

Irréversible absence au gré

des aléas d'une imposture?

ou rémission comme un regret?

Orant, un jardin sentinelle

pour quel gage et quel repentir?

broussaille en espérant l'été,

quand jouent renégats et parjures.

 

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Guide en toi une vague,

ploie sous le vent.

L'oeil, tisonnier ou dague,

mande un amant.

La main s'excuse, il meurt.

Et notre dos s'érige,

tel un pardon .

Griffe, mi -f i 1 mi- heur,

demeure un fin vestige

de l'abandon.

 

(Mai 1992, Canari )

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L'immarcescible ébat

des rochers et des vagues

cisèle et broie nos songeries.

Nu lors, pour quel combat?

le corps fourbe divague

ou noue ses courbes assoupies.

Le premier chant réclame,

héraut des lois, la route .

Orant matin de l’âme,

l'oeil l’alluvionne. Absoute,

veille de gisants noirs,

fertile orbe des proues,

vacarmes reposoirs,

torves guipures floues.

Quoi, sinon le rien,

accouche un drame au loin

et se dissout, fait homme ?

 

(Mai 1992, CORSICA)

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Quand, le basculement ;

Si dire non s'impose?

Clef de quelle effraction,

Le premier pas franchi,

promulgue nos déroutes.

Délivrance ou débâcle,

en la parole effleure,

bouffon, l'irréparable.

Peu de mots l’accompagne.

Tout agonise alors,

jusqu'à notre tendresse.

Et le silence encore

est préférable aux mots.

 

(18 Mai 1992, Paris)

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Le vent sur les volets 

crible nos rêveries .

Une main sans soutien

jette les osselets

et le dé, guerrier las,

clame son chiffre: Un !

Le corps autre s'endort

abdiquant nos mémoires.

Joker sur l'échafaud,

nous prions qu'une donne

annule le sentence.

 

(12 Novembre 1992, Montpellier)

 

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Sans toi s'exhume

une infinité de complots

que l'instant pétrifie.

Naissent les insomnies,

virevoltent les mots;

une absence nous lie.

 

(3 Janvier 1993, AIACCIU)

 

 

 

 

 

ANGE-MATHIEU MEZZADRI

 

 

Plus d'infos : http://data.bnf.fr/12300142/ange-mathieu_mezzadri/

 

Tag(s) : #poèmes

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