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Elle

 

 

Un jour, il y a longtemps, une collègue de travail m’a dit: « Toi, tu es une vraie marginale ».

 
Elle s’appelait Sylvie. Elle avait une allure un peu punkette, elle détenait deux diplômes de maîtrise (dont un en littérature) et elle était lesbienne. Moi, j’occupais un poste de secrétaire. J’aimais les hommes et je portais des vêtements pas compliqués. Je l’ai regardée. Je ne comprenais pas pourquoi elle me disait ça. Je ne savais pas quelle émotion je devais avoir. Je me suis contentée de sourire.
 
Cette histoire résume bien ma vie. Je n’ai jamais appartenu à un groupe ou à une communauté. Enfant, déjà, j’étais « à part ». Adolescente..., n’en parlons pas. À l’université, j’ai si souvent changé de programmes d’études que j’ai obtenu plus de crédits qu’il n’en faut, sans jamais décrocher le moindre diplôme. Je n’ai même pas eu d’amies ni d’amis véritables. Si j’en ai eu, je ne les ai pas reconnus. Je n’ai d’ailleurs jamais dit ni entendu des « je te désire » avec conviction. Je ne me suis installée nulle part. J’ai toujours pensé que ma place était ailleurs.
 
Au travail, j’ai connu un sentiment d’appartenance à quelques reprises, mais s’agissait-il vraiment de cela? Ne s'agissait-il pas plutôt d'une « lune de miel »? Le soi-disant sentiment d’appartenance au travail ne m’a jamais empêchée de démissionner après quelques mois (une fois, exceptionnellement, après trois ans). J’ai même souvent démissionné sans donner de préavis. Je disparaissais du jour au lendemain. Comment aurais-je pu expliquer à mes collègues que je faisais semblant? Moi-même je ne me l’expliquais pas. Et puis, je n’ai jamais été capable de dire adieu. J’ai troqué les adieux pour des au-revoir, comme si j’avais eu à l’esprit que je passerais pour dire bonjour, de temps en temps.
 
 
Je donnerais beaucoup pour connaître et développer un sentiment d’appartenance. J’ai même essayé, tout récemment, de faire partie d’un groupe de personnes désirant parler et échanger entre elles sur leurs problèmes de santé mentale, mais j’ai échoué. Après la troisième rencontre, j’ai disparu sans explication.
 
Au moins j’écris. Je peux déverser mon âme petit à petit, texte par texte, dans un blog. Bientôt, je serai peut-être totalement à ma place dans ce blog et j'écrirai à la troisième personne.
 
 
 
CHRISTINE D.
 
 
 
Tag(s) : #récits

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