Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - CHRISTINE D.

Publié par ERIC DUBOIS sur 12 Janvier 2015, 07:10am

Catégories : #récits

Elle

 

 

Un jour, il y a longtemps, une collègue de travail m’a dit: « Toi, tu es une vraie marginale ».

 
Elle s’appelait Sylvie. Elle avait une allure un peu punkette, elle détenait deux diplômes de maîtrise (dont un en littérature) et elle était lesbienne. Moi, j’occupais un poste de secrétaire. J’aimais les hommes et je portais des vêtements pas compliqués. Je l’ai regardée. Je ne comprenais pas pourquoi elle me disait ça. Je ne savais pas quelle émotion je devais avoir. Je me suis contentée de sourire.
 
Cette histoire résume bien ma vie. Je n’ai jamais appartenu à un groupe ou à une communauté. Enfant, déjà, j’étais « à part ». Adolescente..., n’en parlons pas. À l’université, j’ai si souvent changé de programmes d’études que j’ai obtenu plus de crédits qu’il n’en faut, sans jamais décrocher le moindre diplôme. Je n’ai même pas eu d’amies ni d’amis véritables. Si j’en ai eu, je ne les ai pas reconnus. Je n’ai d’ailleurs jamais dit ni entendu des « je te désire » avec conviction. Je ne me suis installée nulle part. J’ai toujours pensé que ma place était ailleurs.
 
Au travail, j’ai connu un sentiment d’appartenance à quelques reprises, mais s’agissait-il vraiment de cela? Ne s'agissait-il pas plutôt d'une « lune de miel »? Le soi-disant sentiment d’appartenance au travail ne m’a jamais empêchée de démissionner après quelques mois (une fois, exceptionnellement, après trois ans). J’ai même souvent démissionné sans donner de préavis. Je disparaissais du jour au lendemain. Comment aurais-je pu expliquer à mes collègues que je faisais semblant? Moi-même je ne me l’expliquais pas. Et puis, je n’ai jamais été capable de dire adieu. J’ai troqué les adieux pour des au-revoir, comme si j’avais eu à l’esprit que je passerais pour dire bonjour, de temps en temps.
 
 
Je donnerais beaucoup pour connaître et développer un sentiment d’appartenance. J’ai même essayé, tout récemment, de faire partie d’un groupe de personnes désirant parler et échanger entre elles sur leurs problèmes de santé mentale, mais j’ai échoué. Après la troisième rencontre, j’ai disparu sans explication.
 
Au moins j’écris. Je peux déverser mon âme petit à petit, texte par texte, dans un blog. Bientôt, je serai peut-être totalement à ma place dans ce blog et j'écrirai à la troisième personne.
 
 
 
CHRISTINE D.
 
 
 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Amandine HAMET 11/05/2016 16:20

Moi aussi j'ai envie d'en lire plus. De la sincérité simple, là. Une très bonne effluve.

jackruhl 27/04/2015 11:11

Disparaître pour mieux reparaître, vivre ou survivre tel est le défi lancé à chaque personne.
Des gens savent parler, d'autres savent écrire, rarement les deux.
je ne vois point de marginalité, vos vrais amis sont les mots, la plume, la feuille de papier, le clavier.
Vos vrais amis seront ceux qui apprécieront vos textes.

béatrice Horel 12/01/2015 17:57

Je joins mes mots à ceux de J. Poulin. Votre récit m'émeut, vous êtes émouvante dans votre si belle sincérité.... j'attends la suite ???

jpoulin250@sympatico.ca 12/01/2015 15:05

En espérant que vous ne disparaitrez pas de nouveau...
J. Poulin

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents