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Fabrice Farre La figure des choses éditions Henry

 

Pour le poète, les objets ont une âme, ils nous révèlent et le monde et nous-mêmes.

Chaque vie, si petite soit-elle, nous renvoie à nous. Observer une fourmi sur la margelle comme un funambule sur un fil, fait méditer le poète sur sa condition, sur notre condition : «  La simple idée de la chute lui fait dire/ que nous sommes perdus/ mais serions- nous plus utiles/ si rien ne menaçait. »

L’interrogation du poète qui emploie le pronom nous, rejoint donc celle de chacun, dans son humaine condition.

 

Le poète Fabrice Farre est un contemplatif : « J’attends à la fenêtre…je ne souhaite rien. »   ; mais il n’est pas un solitaire et entre en dialogue, à travers les souvenirs, la présence est constante.

L’enfance revient habiter le présent, lui fait parfois de l’ombre. On porte toujours en soi une solitude, malgré le monde qui bouge et s’anime autour de nous, car toujours : «  …s’élève cette silencieuse/ habitude de croire que tout est réel… ».

Les lieux et les objets nous ramènent à ce passé, les images se succèdent: « le café du centre », « La table du fond/ toujours là », un foulard qui a « la couleur du désir ».

Le poète comme le peintre, par touches de mots, peint en noir et blanc sa vie : « Le peintre est absent, convaincu/ que les teintes s’étiolent et que le blanc/ est un acompte au noir ».

L’absence est au cœur du recueil ; le départ a-t-il été choisi ou imposé ?…la terre aussi reprend ceux qui nous accompagnent, nous laissant démunis sur le parvis, quand : « …l’orgue/virtuose s’est éteint. Le ciel solide/ n’a jamais été aussi haut/ les vitraux ont retenu la voûte/ et dans chaque couleur/ la vie d’en bas nous a oubliés. »

Il faut du temps pour renaître d’une rupture, d’un deuil. La nature nous ouvre le chemin, si notre regard se tourne vers le bourgeon qui apparaît, on peut alors se souvenir en paix du visage « comme avant la mort ». Pas de désespérance en cette poésie où : « La distance vers le bas se mesure/ à la durée de sa lumière. »

Fabrice Farre dans cette première partie du recueil, nous donne à méditer sur notre fragile et humaine condition, dont la fourmi en est la métaphore. Pour donner sens à tout cela, il faut croire comme il nous le dit, que si : «  le corps tombe…/ la joie s’élève ailleurs. »

 

La partie II se présente comme une renaissance, revenir à la vie, c’est revenir à la parole et donc dire les choses en « touchant le dehors ».

«  Je reviens à la parole

après tant d’absence

touchant le dehors

l’intérieur y entre et se détend. »

Être enfin capable de regarder le monde, les saisons, de renaître à la joie, à l’amour qui seul sauve car il permet de : « nous prolonger/ dans un temps blanc gagné par l’éternité. »

Il faut donc faire acte de mémoire, se souvenir de l’éternité entrevue même si un jour : «…  la maison est vide/ on a tiré les grands draps sur/ les meubles et peut-être les collines. »

C’est bien là le rôle du poète, et sa fonction première que de donner à voir l’invisible ; de faire revivre ceux qui ont disparu, d’écouter le murmure du monde et nous le transmettre : «  Les êtres invisibles ont cette fâcheuse manie de murmurer comme une langue étrangère dont je saisis parfois la grammaire, car je m’autorise à écouter un monde que je ne vois pas. »

 

 

 

 

 

 

GHISLAINE LEJARD

 

 

Plus d'infos : http://ghislainelejard.blogspot.fr/

Fabrice Farre La figure des choses éditions Henry -DR

Fabrice Farre La figure des choses éditions Henry -DR

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