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Les poèmes en vers, définissent un champ ouvert, ils inventent la diagonale, l’intuition, l’association libre. Ils abolissent le temps linéaire et la logique. Ils puisent leur énergie et leur sens dans la mémoire universelle et s’approprient toute sentinelle, tout prophète pour établir leur chant.

Le vide, le blanc, le silence sont aussi profonds et significatifs que les vocables lancés sur le papier.

La prose, érige un rempart, une forteresse gardienne du réel ; un temple à l’exactitude, au vraisemblable. Elle étend son pouvoir comme une légion, occupant toute l’aire domestiquée de la page blanche. Rien n’est laissé au hasard : les quatre coins du récit sont épinglés dans un carré de stabilité, les lignes parallèles évoquent, par leur incessant et régulier mouvement, la trame de la réalité.

 

2010

 

 

***

 

 

Écrire,

Pour déplacer la frontière circulaire

Qui amenuise le cœur,

Rétrécit l’âme,

Mange le territoire des possibles.

 

Écrire comme on saute dans le vide,

Comme on pénètre en territoire inconnu.

 

Écrire pour tenir tête à la meute.

 

Écrire ;

Prendre la poudre d’escampette ….

Former des lettres,

Marques incantatoires,

Symboles jetés dans le cratère des jours offerts,

Tracer des lignes sur le visage de demain,

Imprimer sur la peau blême des cahiers,

Les idées qui zèbrent l'esprit

Et fendillent le cœur.

 

Voler aux dieux un peu de nectar,

Le mélanger à la cendre des urnes profondes,

À la poudre à canon, volée aux armuriers,

Au sang d'encre de nos émotions.

 

Écrire,

Pour vivre.

 

 

2010

 

***

 

Urgence furieuse.

 

La respiration hachée, le souffle court,

Je cours dans le dédale :

Les rues, la ville,

Les trottoirs, le macadam.

J’avance,

Pressée par le temps.

Le temps qui bat la cadence,

Plus fort que mon pauvre,

Pauvre cœur.

L’urgence, seule,

Me permets de résister au vertige.

Ne pas tomber.

Et je cours,

Et je fuis,

Fuis et cours toujours plus vite,

Toujours plus loin.

Les impasses, les détours

Ne me font pas peur.

Je passe

Et repasse,

Fais marche arrière ;

Tout, plutôt que l’immobilité.

Tout, plutôt que cette incapacité,

D’avancer.

J’exerce mon énergie.

Et celle-ci m’entraîne

Et je me laisse entraîner vers d’autres contrées,

Plus étroites, plus éphémères…

Plus volatiles que l’éther.

Mais qu’importe,

Il y a cette ligne,

Qui se dessine,

Entre les abîmes…

Si je me presse,

Si j’écris à toute vitesse,

Les mots qui s’impriment

Dans mes mains, dans ma tête

Je passerai la ligne,

Avant de tomber…

Peut-être.

 

 

2010

 

 

 

 ANÉLIAS B.

 

Anélias.B, poète et plasticienne est née à Yonkers (N.Y) en 1962. Elle se forme aux arts plastiques à l'ENSAAMA dont elle est diplômée et à l'écriture avec F.H. Farjardie et M.M Georges. Elle côtoie F. Valencien, J-P Villermé, Aicha Hebieb et Suzanne Granget à NanterrePoéVie dont elle est la Vice-Présidente. Parutions sur différents sites internet et anthologies. Animation de rendez-vous d'écriture et d'ateliers slam pour les enfants de Nanterre où elle réside.

https://twitter.com/PalaisDCaprices

Tag(s) : #poèmes

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