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I

 

 

 

Je dors dans l’erreur champs d’histoire dérangée par l’héroïsme Et les chants d’amour sacrés sans sommeil champs de cendre s’y voit mon ombre stérile y revit le ventre de la nuit comme la marque de la misère et l’exil les relents désespérés tout le pays dans son ultime spectacle pour vendre une pendaison

Il y avait je sais le temple de la vie interdit aux dieux bâti de gouttes de cette aube annoncée révéler la fête du printemps les chaleurs innocentes forgent le corps contre les canons forcent les portes dévorant les restes de l’homme à l’heure où le secret éteint les joies des lèvres insoumises

 

II

 

 

 

Je construis un pays en paille chaque matin je saigne La mémoire de l’eau dans mes mains j’étais celui qui se noyait dans les armes pourchassant la paix des fêtes qui jonchait de ses nids la page des pactes

J’ai poussé, qu’ils disent encore dans le brouillon de leurs cartes où il n’y a pas de monde pour le monde seuls sont justes le sang d’un peuple et le mythe d’un monde aussi fourmillant que les tombes affamées

 

III

 

 

Je connais le triste pays au parfum de lavande. Tu te réveilles, portant un matin aux matins, et tu raccommodes l’âge de l’hiver. Peut-être, le monde s’élargit-il pour ta poitrine abandonnée depuis qu’ils sont tous partis. Tu cherches leurs noms dans la liste des anonymes, dans une mémoire qui peut trahir l’oubli : aucune trace. Tu vivras encore parmi des anonymes, avec la peur de ce vide quand tu te réveilles.

Là, des clochers fêtent les défaites de l’homme, sonnant sonnant. Des jouets dans la rue et des sourires cherchent ce qui était un enfant, murmurant aux rêves la fraîcheur d’une couleur, qui traversait les rues, donnait un regard pour accompagner l’exil dans l’exil. Tu souffres la ville puis tu retournes à ton lit, une phrase étrange dans les couloirs de ta poitrine vibrante. Tu la bénis et tu l’enterres soigneusement pour ne plus te réveiller.

 

 

IV

 

Ainsi l’univerre où vont les soifs du matin,

Tessons d’hommes, tessons de femmes au fil des enceintes ocre trempées dans la tristesse du temps,

Passages d’oiseaux rares et de quelques variétés que j’ai connues dans mon enfance, puis j’ai oubliées,

Le tumulte d’une place, de la mémoire d’un étranger traîné et brûlé vif,

Tessons d’uniformes unilatères qui chantent l’hymne de la nation sans peuple, caressant l’acier froid et portant leurs cadavres, ombres inexplicables,

Dessins d’un enfant sur les murs de la liberté,

Tessons d’un mot enfoncé dans la chair d’une image impossible,

Papiers de ville, de ses visages au gré des haines mensongères,

Tessons de voix, de pleurs, de coups, de silence, de peur,

Encre d’une vie frelatée dans une bouteille jetée à la mer des égos inconciliables,

Restes d’arbres et de feuilles qu’on prend pour des poupées gonflables,

Tessons de mes hivers, tessons d’hommes-revenants qui nagent dans l’air respiré par erreur,

Ailes d’une joie, d’un festival aux couleurs des confidences déshonorées,

Ratures d’un ciel non-imposable, d’un ciel que, fiers de notre malaise, on porte même sous terre, loin dans le noir,

Inflations d’infos et de têtes adorées en cachette,

Plans de bâtisses pour dieux et de dieux pour bâtisses,

Tessons de mes hivers et les révélations d’un matin quand le sang n’a d’occupation qu’éroder une veine,

Peaux de pierres, de sols et de toits,

Saveurs d’animaux et de sèves

Auberges de nuages voyageurs et de voyageurs en nuages,

Grincements de meubles dans l’attente de ce qu’on désigne comme événement heureux, peut-être parce que le bonheur est surtout une question d’attente,

Avortements d’accents condamnés,

Tessons de mes hivers où je veux planter un soleil et forcer les raisins à mûrir convenablement dans mon lit,

Sédiments de sexes et de corps et encore de sexes au stand rutilant d’une revue,

Prévisions de rires pour verrouiller un pacte entre rien et personne,

Farces de morale qui pique des pièces dans la casquette d’un sdf,

Déclarations d’assassinats de tous les jours, fêtes et festins,

Tessons de mes hivers comme la mousse d’un sommeil que je refuse pour des tessons d’une conscience indigne de ce siècle illusoire, pour un non aussi maladroit que le tour de la terre ou un x dans une fonction holomorphe.

 

 

 

ABEL KABACH

Tags- Version initiale du texte d'Abel Kabach - DR

Tag(s) : #poèmes

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