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Fin de soirée


 


 

Deux libellules survolent le jardin,

s’éloignent puis se rapprochent

l’une de l’autre.


 

Il n’y a rien à la télévision ce soir,

mais tu la regardes quand même.

Pensant peut-être à la paire d’escarpins

dont tu m’as parlé au dîner.

À ton père.

Ou encore au week-end à la côte

que nous projetons de passer

rien qu’à deux.


 

Une troisième les a rejoints.

Elles prennent ensemble

la direction du canal.


 

Je vide ma tasse et rentre

en songeant qu’il y a encore

des travaux sur la route.


 

Demain,

nous prendrons un autre chemin.

 

***

 

Le saule


 


 

Nous dégustons une tasse de thé.

Sur la table basse, les enfants ont laissé

traîner leur collection de cartes.

Je fixe un coin de la pièce.

Durant un instant j’ai de nouveau 7 ans,

immobile dans une cour d’école.

Les autres élèves font des échanges.

Jalousie et moi les observons.

Nous n’avons pas les moyens pour ça

à la maison.

Le mercredi, ma mère et moi partons

faire quelques achats.

Je vois les pochettes tant convoitées.

Nous entamons les négociations

et je finis par obtenir gain de cause.

Plaisir éphémère. Le retour

est un chemin de croix.

À cause de mon caprice,

mon père devra se contenter

d’un plus mince morceau de viande.

Je dépose ma tasse sur la table.

Par la fenêtre, nous contemplons

ton saule pleureur. Discrètes,

de jeunes pousses apparaissent.

D’autres feuilles tomberont.

 

***

Dernier cliché


 


 

La maison doit être vidée, mais il a le temps

car il en est maintenant le seul propriétaire.

Au hasard d’un tiroir, il y trouve une photo.

Un cliché daté au verso du mois de juillet.

Ses parents et son frère posent fièrement sous

un soleil d’été. Ils ne se doutent de rien.

Ils ne savent pas qu’il ne leur reste que deux mois

à vivre. Comment peuvent-ils deviner qu’un retour

du littoral leur serait fatal ? Le père agrippe

fermement l’épaule de sa femme et le cou de son fils.

Les sourires paraissent complices.

Il regarde la photo une dernière fois avant de

la ranger dans un carton avec toutes les autres.

Le soleil darde de ses rayons la montre et

la chevalière de son père. Celles-là même qui

lui avaient été remises dans une enveloppe

par l’employé des pompes funèbres.

Un cadran brisé par le choc

et une bague noircie par les flammes.


 


PATRICK BEAUCAMPS


 

Né en 1976 à Tournai (Belgique), Patrick Beaucamps a grandi dans un milieu modeste et exercé plusieurs métiers : ouvrier imprimeur, magasinier, employé de vidéoclub, cheminot, bibliothécaire.

En 2003, après plusieurs déménagements à travers le pays, il s’installe dans sa région natale et publie son premier ouvrage : Le Bruit du Silence.

Poète et nouvelliste, son travail parait aux éditions Chloé des Lys et dans diverses revues littéraires.

 

 

Aux éditions Chloé des Lys

* Le Bruit du Silence, Poèmes (2003), ISBN 978-2-87459-030-6

* 200 ASA, Nouvelles (2005), ISBN 978-2-87459-097-9

* Tant d’eau sous le pont, Poèmes (2013), ISBN 978-2-87459-755-8

* Brasero, Nouvelles (2014), ISBN 978-2-87459-799-2

* Quand les vagues se retirent, Poèmes (2015)

 

En revues

* Le Journal des poètes (N°3/2012)

* Incertain Regard (N°9/2014)

* 17 Secondes (N°5/2014)

* Le Capital des Mots (Juillet et Septembre 2014)

* Lélixire (N°9/2014)

 

Tag(s) : #poèmes

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