Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

La Dernière Oeuvre de Phidias (extrait)

 

 

Ici

c'est Ostende

             peut-être

                       ou Brighton

 

La plage est déserte en automne

Il bruine

et la mer

couleur de plomb

mugit

comme une bête

 

Impudiques

les vitrines béantes des cafés fermés

sont un chaos de chaises

empilées

 

Les paupières des villas

s'écaillent

 

L'eau ruisselle des façades aux courbes compliquées

mouvement floréal plié en pagodes aux pinacles élancés

au-dessus de frontons en ogive

             rinceaux fleuris ou faux colombages

aux teintes délavées

 

Sur la digue un vélo trace un sillon d'argent

et sème d'humides étincelles

 

Des tourbillons se forment sans émouvoir

le pelage fauve et crissant

de la plage.

 

C'est marée basse

sur l'estran nu, le vent balaie

coquillages et noirs fucus

 

Un navire invisible corne au loin

 

Délayées par la bruine

l'eau

la plage se confondent

s'aspirent et

s'absorbent

 

De minces filets tracent de l'une à l'autre des réseaux

peu à peu frangeant

chaque tache

d'un liseré dentelé

d'abord hésitant

puis lançant à mesure qu'il s'assure

des tentacules

à la conquête de la surface

 

             et le dessin originel

             se dissout

             et n'est plus

 

 

*

 

 

                 les êtres imaginaires répètent à votre égard

des gestes appris de vous

et les lieux sont fuyants plus que le sable même

 

Que font ils entre deux pauses de l'écriture ?

 

Tremblantes images indéfiniment fixées sur l'écran

ou ralenties tandis que les sons ne sont plus

qu'indistinct crépitement d'insectes

 

ainsi Phidias dont jamais le pas ne se pose

sur le chemin où je l'inscris

et la voix de l'enfant

suspendue entre deux syllabes

 

Saisis donc

Phidias

le tronc tordu du pin

Hisse-toi vers la main

de l'enfant

 

Phidias

je t'attendais

j'ai surveillé tes hommes qui rentraient les olives

 

Ainsi parle Kallimakes

et tous deux traversent l'espace tiède

qui les sépare de la maison

dont se lit dans le soir le fin liseré d'or

de la porte entrouverte

 

 

*

 

 

Ici

tout en bas de la falaise

le noir granit creuse une vasque si profonde qu'à

marée basse on y entre

à mi-corps

 

Entre deux roches se cachent les tourteaux

                    carapaces vernissées

les mouvantes anémones

et la fine dentelle des laminaires

sur l'écran de l'eau

 

Flottants comme ces algues entre deux profondeurs

tendant leurs rets doux et luisants dont la main ne saisit

que fuite coulissante

 

les lieux m'échappent

 

 

 

MARILYNE BERTONCINI

 

 

Marilyne Bertoncini, née en 1952, dans les Flandres, partage sa vie entre Nice et Parme, après avoir enseigné la littérature, le théâtre et la poésie. Auteur de critique littéraire et d'articles sur la pratique pédagogique, elle se consacre désormais à sa passion pour l'art et le langage, collabore avec des artistes, traduit et écrit pour différentes revues, dont La Traductière, Cordite, Recours au Poème,... Deux recueils de traductions sont à paraître aux éditions de ces derniers. Ses propres poèmes n'ont encore fait l'objet d'aucune publication en dehors des revues.

 

 

Tag(s) : #poèmes

Partager cet article

Repost 0