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La chanson Lyonnaise

 

 

 

Les cailloux éparpillés

Forment des tapis volants

Je chante épuisé

Je tisse mille chants

Des palais urbains et des foules entières

Versées dans la lumière

D'un après-midi noir, je danse

Et célèbre les amours du soleil libéré

Mais je crève des tripes, rance

Je crie, je chante, je me tais

Aux étoiles qui m'appellent

Je suis l'or et ma pelle,

 

Amen.

 

**

C'est dans le septième arrondissement qu'est situé l'ENS. C'est un endroit moche où les insectes jubilent en partouzes, nous en trouvâmes moult dans le logement étudiant de ma frangine. C'est vieux l'ENS, ça a tellement mal vieilli que je me demande ce que deviendront les prétendus bâtiments modernes qu'on élève dans nos villes aujourd'hui avec l'approbation des bourges dégueulasses et des prolétaires idiots.

Les câbles électriques s'emmêlent les pinceaux - les téléphones sont pleins de morve - les frigidaires sont brûlés au treizième degré, pyromanes qui nous les brisent menues. « Excusez mon inquiétude, mais ne risquons-nous point de nous confronter à un embarras fâcheux, notamment à un incendie qui réduirait les efforts de tant d'année à néant ? » que j'ai prouté à mon interlocuteur qu'était le dirlo du coin. Je pensais à la bibliothèque qui était la plus grande de l'univers entier, disait-on. Il m'a dit qu'il ne fallait pas s'inquiéter, et qu'il avait toutes les cartes en main.

Je cherche mon chemin dans ce lieu labyrinthique. Même mon iPhone ne veut pas me montrer le chemin : il s'est déchargé. Les vieilles femmes sont des putes et les jeunes se permettent des choses auxquelles je ne me serais jamais livré à leur âge. Je pleure devant tant de laideur et le monde qui part en couilles. Ma tête me fait mal.

 

**

On se retrouve

Seul dans sa chambre

D'hôtel cherchant

La compagnie de

Son ombre je malmène le miroir

Je claque les tiroirs

Je remplis les rotoirs

De mon vomi vert en vaurien

J'appelle les

Mouettes

Ne sommes-nous pas à Saint-Malo on se

Retrouve seul

Dans sa chambre d'hôpital

On m'enlèvera ma vésicule biliaire ce soir

Sans quoi je serai désespéré

S'il vous plait messieurs les médecins

Dites lui que

On se retrouve

Seul dans sa chambre

D'hôtel etc.

 

 

***

Ouvrez-moi cette porte

 

à Moa.

Refuser d'être résumé à une racine, s'étendre au-delà de l'horizon.

 

Toi qui avance, stupide comme tes ancêtres, sénile dans ton jeune âge, en proie à l'illusion de ta pleine puissance, tu t'es cru fort, tu t'es cru noble, bon naturellement, en vertu de l'adonis ou de l'ajonc. Tu as fait la guerre, tu as fait des morts, ton cœur battant comme crissent les mitraillettes. Assoiffé, affamé, tu as bu le sang de tes semblables qui n'étaient, oh ! tu es exigeant, pas assez à ton image. Tu t'es cru dieu, tu n'es qu'asticot et pourriture de pomme. Oh ! des petits vices, ce n'est rien, les mouettes aussi badinent sous l'orage. Je parle, imbécile lecteur, du désir d'anéantissement d'autrui et de la prédominance de ton nombril. Regarde l'univers ravagé par tes microbes. Regarde tes morts renaître sous ta peau. Vois s'avancer dans ton sang, s'avancer les larmes d'enfants, les chagrins et les boyaux que tu étalas sur la terre. Vois l'effondrement des toits. Vois le désespoir du pécheur, plus aucun poisson ne veut mordre à sa ligne. Tu nous as tués.

 

Volonté de puissance, j'ai parcouru le monde à la recherche du feu de mes yeux. Pénombre, j'ai grandi avec des désirs d'or. Mais qu'aucun de vous ne me juge. Ne me juge pas, tord-boyaux. Comment nier ma monstruosité ? Mais monstre, je ne m'en suis jamais vanté. J'ai fui ma condition d'immondice et pris les habits de marquis. Les mouettes rient, les goélands m'appellent, je suis né en Bretagne, fils de l'océan qui bat et se déchire et du vent qui décide, enchaîne, libère. J'ai grandi à Paris. Les immeubles haussmanniens surveillaient mes pas. On m'ordonnait de me taire. Quoi que je dise, les murs renvoyaient mes paroles en écho. Je devais limiter mon souffle au minimum vital, j'étais le jouet de mon reflet dans la glace. Les foules me montraient du doigt. Mais j'écoutais les mouettes rire, les goélands m'appeler, au loin, libres. La nuit, les rêves me noient, me prennent à la gorge. J'ouvris la fenêtre de ma chambre, et m'élançant, je m'envolais vers la Bretagne.

 

Il pleut des mers affligées qui gémissent, elles s'étendent et recouvrent d'un drap d'écume l'enfant qui jouait sur la plage. Les roches ont les rides des cueilleurs de sel, elles s'ouvrent pour laisser passer les chemins prophétiques et l'exil des suicidés. Jadis, ils menaient aux deux îles qu'on découvre là-bas, mais ce n'était pas des îles, et la mer est monté, et le vent caresse mon désespoir de sa nostalgie. Je me souviens des jours heureux. Dans mes habits de ténèbres, je glisse, je mords la terre, je marque le territoire de mon venin.

« - Jad, me dit Saint Malo, que fais-tu là ?

« - Je fuis ma condition, je me heurte à ton sable, Saint Malo.

« - Cherches-tu un gite ? Le couvert ?

« - Je veux m'emparer de tes maisons, poser mon trône sur ton sable, et personne ne m'arrêtera.

« - Attends juste que ceux que tu gouverneras aient donné leur consentement.

« - Ceux que je dominerai ne se prononceront jamais. Ils ont peur de parler. Leur parole a des vertus magiques, mais incapables de la maîtriser, ils se taisent. Autant attendre que la mer redescende.

« - Mais regarde, les pierres commencent à sortir la tête de l'eau.

« - Je suis le roi des lieux maintenant. »

 

Ont germé les phares, j'ai libéré les mouettes, répandu le sable, j'ai enfanté le bleu du ciel. J'ai enfanté le gris du ciel, quand le ciel somnolait d'ennui, j'ai invoqué la pluie que les foules n'aiment pas. Comme s'ils pouvaient en fondre. La crainte de je-ne-sais-quoi dans les tripes, ils s'abritent, ils se cachent comme des marmots honteux. La musique de la pluie les dérange, ils se bouchent les oreilles en faisant : « Non, non, non ». Et quand la pluie meurt, quand elle s'en va, devient plus fine, mais qu'elle garde encore un pied sur terre, un pied frêle et qui hésite à mourir, ils tendent la main pour constater, voir si elle est encore là. Retire la main, malheureux, tu risques de te brûler. Crains le présent que je t'ai donné, les mers qui t'ont été offertes. Crains de te mouiller, l'eau du ciel pourrait te tuer. Je t'enverrai mes orages, qu'ils t'assassinent au cœur et étalent tes boyaux. Je brûlerai ton corps, j'en ferai du terreau pour mes patates. Je pisserai dessus. Les vacanciers ont envahi mes plages. Ils tournent leur gros cul au ciel pour ne pas voir l'horizon qui leur fait peur. On dit qu'ils bronzent.

 

Ont germé les artistes de rues. Saint Malo s'est vêtue de bruit. Ses pierres supportent le poids de la foule, et avec le temps qui se traîne, la ville toute entière devient musique. C'est celle du vent, le matin, quand on se réveille à huit heures et que rien n'est ouvert, qu'aucun café n'a consenti à accueillir de client. Il y a des musiciens venus cueillir un public distant, pressé. Il y a les rires des mouettes et des goélands, l'appel de la Cathédrale Saint-Vincent. On aimerait entendre partout les cœurs musiquer, que sonnent les murs sombres, les grains de sable, le ciel et la mer. Mais le silence des passants me donne envie de clamser. Je voudrais les voir traversés par le chant des dulcimers à marteau et des vielles à roue, qu'ils saluent les vagues qui chuchotent et les remparts flamboyants. Qu'ils mettent leur indifférence et leurs emplois du temps inutilement chargés au fond de leur poche et qu'il apprennent à vivre. Puis le soir venu, la fête fait battre les pieds, les hommes et les femmes dansent. Je suis optimiste.

 

Le ciel s'est assombri. Les ombres se sont entassées. Ils sont venus prendre mon paradis, m'ont déclaré la guerre. Condamnez les portes ! Verrouillez mes coffres ! Elevez les murs jusqu'à la voute du ciel ! C'est Jad Seif qui vous parle. Je règnerai pour l'éternité.

Quelle légitimité à être sur le trône, quand la chair se décompose et l'esprit se liquéfie ? C'est Jef de Sédijaf qui vous parle. Que ses yeux se brisent contre les rocs de la mer, les vagues viennent embrasser les remparts de la ville, mais la désillusion et la mort de la lune les en écartera bientôt. Je suis le souffle de la Bretagne. Glorieux, j'élève la voix, le ciel dispose, la terre obéit. Que s'étende ma volonté, que s'élève la mer ou qu'elle retourne six pieds sous terre. Je suis Jad Seif, roi des fées et des korrigans, orage je tempête, colère rentrée en dedans. Je suis l'horizon qui avance, la terre qui s'agite, qui avale, je suis la raison de tout l'univers.

 

 

 

Je suis le roi des peines ombrées, cristallisant en ma vésicule biliaire les délires saturniens et les tueries lunaires. Hier, j'ai fui au Mont-Saint-Michel, exilé hors de ma Bretagne mère. Je siffle comme une chaudière, je bous comme un volcan, j'explose comme un navire de guerre et me décompose, je suis pénombre, sombre désir d'or. Mais mes sujets me divertissent et me font par moments oublier ce qui parfois me tend vers le suicide. Jef rode comme un serpent et avale la Bretagne qui jadis était mienne. Il est lumière, mais la lumière d'un soleil où hurlent les âmes des hommes damnés. Moi, j'ai toujours aimé la pluie. Tout en bas, dans les rues de style médiéval, des touristes perdent leur temps. Ils viennent par centaines, se glissent dans mes chaussures, se rient de mes antiquités, dépensent dans les boutiques qui se sont installées dans mes orteils. Ils ne comprennent probablement rien à ce qu'ils voient, mais c'est une charmante attraction, doivent-ils penser. Ils sont là comme on irait au zoo.

 

Il a été arrêté alors qu'il passait par Rennes. Il espérait probablement revoir la terre qui avait été sienne pendant un court moment. Rennes, nous y avons élevé des tours en béton et en plastique, tordues et tristes. C'est pour l'écarter de nos chaumières. Nous avons couvert le ciel de cendres, et la grêle lui fissurait la peau. Revenu au Mont-Saint-Michel, il a trainé sa bosse jusqu'à Ouistreham où se dresse un phare. Il en a pris possession, regardant au loin, indépendant de sa volonté, se lever et se coucher le soleil de Saint Malo. Il quittera Ouistreham pour retrouver les murs sales de Paris, triste comme un mort qui ne danse plus.

A Saint Malo, la musique n'a pas cessé. Je garde un œil sur la ville en son absence. Quand le jour se ramène, les boulangers mettent au four le pain et les kouign-amann qui ressortiront dorés et chauds, prêts à être servis au client impatient. Les mouettes et les goélands chantent, accompagnés par la mer et le clocher de la Cathédrale Saint-Vincent, portés par le vent du large. La foule grandit, la mer se retire et laisse la plage aux baigneurs, condamnant quelques bateaux à s'ennuyer sur le sable. Puis le soir la mer reprend son poste, les lumières constellent la nuit, les hommes dansent un peu avant d'aller dormir.

 

dimanche 10 août 2014 - Saint-Malo

jeudi 14 août 2014 - Joinville-le-Pont

 

Annexe 1 : Essai sur l'ailleurs

[écrit en écoutant des chansons paillardes bretonnes].

Chaque ville possède sa structure, son histoire, ses façades, sa foule, sa musique, ses oiseaux. Nous traînons dans chaque ville notre expérience du monde, de la vie, mais nous vivons aussi différemment selon la ville dans laquelle nous évoluons. L'apparence de chaque ville influence notre état d'esprit. Nous n'existons pas à Paris comme à Damas, à Bristol ou à Saint Malo. Les ailleurs nous ouvrent donc des portes, à condition de consentir à les explorer.

Existent deux sortes d'ailleurs : les faux-ailleurs et les vrais-ailleurs. Quand j'écris, je me sers souvent des deux. L'écriture est un moyen, pour l'écrivain, de communiquer un ailleurs au lecteur. Il puise dans son expérience de la vie et du monde pour lui proposer un monde qui lui est étranger. Mais le lecteur n'est pas complètement dépaysé ; il lit aussi avec son ressenti du monde, jamais avec un regard neuf. C'est pourquoi le vrai-ailleurs entre toujours en conflit avec le faux.

Le vrai-ailleurs, c'est la ville ou le pays étranger qui existent en dehors du cadre de nos habitude. Le faux-ailleurs, ce sont les clichés et les mythes que notre esprit peut produire sur un lieu. Par exemple, l'imaginaire de la Bretagne fait souvent appel aux récits d'heroic-fantasy, à la musique celtique, aux mythes que notre ignorance déforme, donc à des images caricaturales. Inversement, à Saint Malo se trouve un café, le Café du coin d'en bas du bout d'en face de la mer, rue Sainte-Barbe, dont l'étrange décoration compose un Paris imaginaire.

Mais visiter un lieu étranger, ce n'est pas se dépayser complètement. C'est traîner avec soi son monde, l'abandonner en partie, s'y accrocher en partie. L'œil de l'étranger se balade à la recherche de repères. Son regard est parfois déçu, il n'est pas aveugle, mais il s'arrêtera davantage sur les repères que son imagination a toujours produit, et qui n'attireront pas toujours l'œil des autochtones. Nous avons tous des yeux, mais nous ne voyons pas tous la même ville.

Un danger menace le monde : son uniformisation. Beaucoup refusent l'ailleurs : les touristes à la recherche d'un coin de bronzette, les fanas du shopping, les hommes sans curiosité, etc. Alors que le monde est riche en images et en expériences, des individus s'élèvent pour dire : « Ceci n'est pas aux normes du monde d'aujourd'hui, modernisons. » On ne peut pas s'opposer à une modernisation des villes, les choses ne doivent pas être plongées dans le formol, mais il est dangereux de moderniser pour moderniser. Vouloir faire du moderne typique, c'est limiter l'imagination des architectes et les forcer à se plier à un dictat, celui d'une modernité qui ne veut rien dire. Moderniser pour rénover, voilà ce qui est acceptable. De plus, faisons attention au matériau que nous utilisons. Ce qui semble formidable aujourd'hui pourrait très mal vieillir.

 

Annexe 2 : D'un rêve fait le jeudi 14 août 2014 au matin.

Je me réveille, incapable de bouger. Derrière la porte, je vois de la lumière. Je veux l'atteindre, crier, qu'elle vienne à moi, je reste cloué au lit, j'ai la voix en sourdine. Une présence maléfique me paralyse. Je me rendors. Je me réveille. Une présence maléfique me paralyse. Elle est là, qui rôde derrière moi, je veux bouger, hurler, une main me prend par le cou, froide. Mon corps se meut avec difficulté. Je me rendors. Je me réveille. Mon corps se meut avec difficulté. Je suis lourd. Est-il parti ? Derrière la porte, dans la lumière que je perçois, une ombre a bougé, la lumière meurt. Je hurle en silence. J'ai peur. Je me rendors. Je me réveille.

 

 

JAD SEIF

 

Il se présente :

 

 


Je suis né en 1991, à Paris. Grand passionné des mots et de la parole, des grands auteurs de la littérature, mais aussi de langue orale, je me suis mis à l'écriture en 2008. Céline, Flaubert, Beckett, Apollinaire, Claudel et Rabelais sont mes meilleurs amis, sans prétentions. Après deux ans en classes préparatoires littéraires, j'ai décidé d'étudier le Droit. Beaucoup n'ont pas compris. Mais le Droit, c'est aussi de la parole.

 


 

Son blog :

 

http://lesmotsterribles.e-monsite.com/

 

Tag(s) : #poèmes et nouvelles

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