UOMO INCERTO

 

« Ni mon cri ni ma fièvre ne sont de moi. »

A. Artaud

 

 

1

 

Éviration névropathe

vision divine :

 

progéniture non née

assassine...

 

le sein des deuils à venir

déjà cercueil

et la bouche mordante

mors sanglant

...

 

2

 

la mort au long cours

aux cuisses de flammes

dans l'eau noyée

réclame

l'enfant-monstre

 

je vois

le sang dans ses veines

qui bat ses entrailles

et je ne peux

que plonger le couteau

 

le corps sombre

et mes parties génitales

3

 

 

le visage porté à flot recueille

le corps à couvrir

et le sourire

 

la peau en long voile marbré enchaîne

les ronces du passé

 

et les paumes

à coups de murmures liquides

déchirent le flanc des lendemains

 

4

 

sous les yeux à nouveau

sous les eaux

sous les ronces

dans l'hébétude des cent pas

 

Béance au couteau levé

 

en longue tige à la corolle boueuse

sur le dallage blanc elle inscrit :

« je ne te quitte pas »

 

5

 

corps de joues molles

blotti dans le cœur

orbite aveugle

échouée sur une voix

 

maintenir le siège

jusqu'à la dernière heure...

 

 

6

 

Indéfectible phalanstère ! Surcroît

D'alvéoles forcies

De reines-claudes vergeturées !

 

Indéfectible bel canto matador ! Surcroît

D'andantes abasiques

De tierces quadrumanées !

 

Indéfectible quant à soi bleu de lys ! Surcroît

D'anasarques redantes

De caries nasales ferrées !

 

Indéfectible moi d'avant hier ! Surcroît

D'œillères finement drossées,

de bradypsychies nomine !

 

Indéfectible bête à corps floué ! Surcroît

D'ancolies phagédéniques,

D'énuclésions fracturifiées !

 

Indéfectible crainte du matin ! Surcroît

De faim rassise,

de branle-bas bégaie !

 

7

 

« L'os est là, entre les dents

Entre chaque dent

Et il s'enracine

Du menton au crâne, de la gorge au nombril,

du cœur aux orteils »

 

« L'os est là, entre les dents !

Il affaiblit les mâchoires et les cordes vocales

les digestions et l'équilibre

Et les pensées somme toute s'assomment à son cartilage morbide

L'os est là résistant aux tenailles, à l'acide et aux glaces »

 

« L'os est là, vous dis-je !

Et il s'acharne contre frayeur et fatigue

L'hémorragie hurle !

La colonne grince !

Les veines chialent !

L'os est là !

Entre bave rouge et trépignements »

 

8

 

L'orme des chevauchées,

dans la mâchoire feuillue

ne partage plus

ni semblable mors

ni semblable outrance

Seul en lui-même rapiécé

abattage d'écorce et de plaie

de masque de chair d'ombre

Les harmonies de son ventre nodal

dévoilent

d'humus et de rouge

le folklore des appétits

 

9

 

L'onde du baiser persiste à fleur d'haleine :

dans ses décombres

respire la plaie aride

d'une contraction lointaine dérive

l'indescriptible moiteur des pupilles...

Entre l'ombre de soi et la plaie glisse

la joie des ronces :

 

« s'il n'était un est qui ne fut

toute esquisse semblante

aurait fuit

sans détour »

 

 

10

 

... les rires se cumulent

sous les joues feintes

que rongent les rigoles

 

y a t-il faille plus fendue

sous la gorge des impuissants ?

 

Au jour dit viendra peu et petit

et non pas court

non, plus court...

 

le noyau dégoulinera bruyamment

étouffant rayons et vers

 

les cris pourriront casernes et régences

et la blanche corneille

noble de mésentente

entonnera l'hymne des maculés

 

le sourire, aux quatre coins des bouches

d'un salut respectueux

atteindra le sommet des laves

et le ciel maquillé

et le masque des étoiles

crouleront jusqu'en deçà des fondations

 

sous la plante des pieds rieurs

chantera le bruissement poreux du corps plein

 

entre les mains paisibles de l'étau

plus rien que restes de veilles et de plomb

rien moins le rire dément, résonnant et enfiévré,

rien moins sur pus de nerf et sur pus d'été

 

 

******

 

Brèches et transgressions

 

(extrait)

 

 

Creux d'étoile errante

 

En luzerne échappée

 

reflets de gouffres

 

 

Scintillement d'orage

 

Bris de voix blanches

 

Mémoire hyaline mémoire silice mémoire d'argile

 

 

Dans la brisure des pierres

 

Les visages d'écorce

 

Flambent

 

 

L'ossification du monde s'effrite

 

 

 

***

 

 

par coulées de plomb

 

éboulements et soutirements

 

des lueurs de forge érodent

 

l'orbe de l'océan

 

 

assis au seuil des mondes

 

l'oiseau d'ailes armé

 

maintient la déroute des ombres

 

 

Dans les plis du sable

 

Sa voix sommeille

 

 

Animaux familiers la préserve

 

Pierre quotidienne s'érigeant

 

Sur les sentiers du grand départ...

 

 

 

 ANA MINSKI

 

 

 

http://anaminski.eklablog.com/

 

 

 

 

Réminiscences-  ©  Ana Minski - DR

Réminiscences- © Ana Minski - DR

Tag(s) : #poèmes, #peintures

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