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Paint it, black

I see a red door and I want it painted black.

No colors anymore, I want them to turn black.

I see the girls walk by dressed in their summer clothes.

I have to turn my head until my darkness goes1.

 

Rolling Stones, Paint’it black

Jagger Mick, Keith Richards, Paint it, Black, album Aftermath (US), 1966.

 

 

Maryline avait dormi sur le vieux canapé bariolé de couleur jaune avec un bonbon arc-en-ciel qui a vécu des années sur un chewing-gum en forme de frigo. Le gros bocal de cookies toujours vide, avait un flingue qui aurait appartenu à Mick Jagger. Ce même flingue rose que lui aurait volé Valérie Solanas pour tirer sur Warhol.

 

J’avais peint ce graffiti en noir.

 

Sur les murs en briques rouges, Kennedy avait le micro, Einstein tirait la langue en jouant sur la batterie obsolète dans le coin qui n’a pas servi depuis longtemps. Le soleil donnait à la pièce une impression étrange, d’un décor d’un film britannique des années 60, et Maryline souriait toujours lorsque sa jupe se soulevait.

 

Et je n’aimais pas ça.

 

Les bacs en plastique sur le sol contenaient des disques qui n’allaient qu’avec ce vieux tourne-disque en barre de chocolat. La glacière rouge mentait souvent, elle ne voulait plus servir de support pour faire du café à Jackie O, qui observait de loin John qui matait Maryline et sa jupe qui se soulevait. Toutes ses couleurs bariolées vivaient avec une intensité perfide et terne dans une canette de coca au dessus de la mezzanine toujours sale. Enola Gay ne faisait jamais le ménage, ce qui donnait un charme étrange, au gros bocal à gâteaux.

 

J’avais peint ce graffiti en noir.

 

Cette sérigraphie de nous, nés dans un siècle dépressif de surconsommation, se battait avec Boeing. Le jaune de ma vie, donnait une innocence putride et inachevée, teintée d’une légère insatisfaction, explosée à la dynamite. Disney gueulait sur « 50 moments qui ont changé l’histoire du Rock ». Woodstock vivait une relation incestueuse et s’amusait avec « Orange car trash 10 times » à planifier un voyage chez Paolozzi qui ne mangeait pas d’Hamburger. L’Indépendant Group mélangeait amitié et amour dans un mixeur noir pour obtenir un milk-shake, avec trop d’affection ou juste sans amour.

 

Et je n’aimais pas ça.

 

James Dean traitait mal tous les gens qui se rapprochaient d’eux. Les « Fat man » ne comprenaient pas les « Velvet underground » du quartier d’à côté qui furent avalés gloutonnement par le Mac donalds à 100 m plus bas. La Cadillac de Travolta violait sans arrêt leurs sentiments depuis 1987 sur Madison Avenue. Flower Power et Contre Culture, sur fond de LSD, les instants suicidaires ne savaient pas écrire à la Mickey, et Mickey était une salope.

 

J’avais peint ce graffiti en noir.

 

Pris dans une toile de méfaits qui devenait un goulot s’étranglant dans leur gorge au fil des ans, leur fétichisme donnait à la pin-up en corset une puissance phénoménale car Spider man descendait des immeubles avec l’allure des anges déchus qui ont condamné les actions de Super man. Liz Taylor ne voulait pas pleurer pour Wolwerine comme Maryline dont la déprime impolie chahutait depuis 1952 avec ce graffiti, sur sa fausse blondeur.

 

Et je n’aimais pas ça !

 

Je vis sur un graffiti géant peint en noir, une ville à figurine, au fusain organisé en fantasmagorie de l’étrange, c’est un JAPON féérique à la sensibilité hérétique. Je vis sur un graffiti géant, peint en noir, une ville au bonheur couleur chewing-gum même si les Otaku sont une race que je ne méprise pas. Je vis sur un graffiti géant et je m’échappe souvent du monde et de la foule pour le peindre en noir car je n’aime pas ce que mes peurs expriment pour moi.


 

1Jagger Mick, Keith Richards, Paint it, Black, album Aftermath (US), 1966.


 

 

***

 

L’agonie du Cerisier

 

La frontière de ma vie palpite au son de la peur.

L’inconnu à la lisière du monde dérive dans le rond,

Des entonnoirs. A l’orée des maux,

Je scrute un signe d’espoir qui apaisera la douleur du lendemain.

 

Le bout de ma vie sanctifie les ridules d’une peau,

Quand le coassement des torpeurs de mes membres,

S’assoupit dans la blancheur grise de l’âge.

Le bout du voyage voit le monde et ses idioties creusaient leurs sempiternels fléaux.

 

Si le sursaut de mon cœur, sursoit et se raccroche pour dénoncer la sentence,

Expliquer les raisons de la vaine retenue,

Livre un semblant de justice égocentrique auréolée de la pire prétention.

Je fatigue et j’exulte.

Dans l’harmonieuse médisance, Vilipender façonne mon absence d’émotions.

 

Les mots pèsent lourds sur ma poitrine.

Ils couvrent de longs en large, l’étoffe d’une jeune dignité,

Dont la réserve a su jusque là nuancer toute contrainte.

 

Le commentaire isole, se pavane et instaure un coupable silence.

Le pire de l’émoi sermonne le passage à vide,

Qui dominait déjà dans les doutes le futur incertain.

 

L’information me nuit, m’affecte et parasite,

La litote « euphémise » le mélodrame,

D’un néant biaisé dont le premier mensonge séduisant condamnait toute renaissance.

 

La lointaine musique de l’oubli éloigne l’agonie du cerisier.

Les inconvénients de la mémoire le rassurent à peine.

La fin surgit et coupe les branches de l’infini,

Dans la consolation orchestrée de la paisible vie.

 

Les larmes inconstantes de l’arbre savourent la délicate mélancolie,

Dont l’étreinte apaise la flamme du scandale.

Après tout, l’hiver asssole la floraison en attendant des printemps meilleurs.

 

 

***

 

Les accolades dans la parenthèse du vide

Ta définition de l’ataraxie1 est une illusion qui ferre l’euthymie2 dans un paradis de mensonges.

Ta conscience est une mosaïque morcelée d’aigreur,

Car j’ai vu l’alter égo de ton désordre, fusiller ma révolution,

Et l’enterrer avec la conspiration,

Dans la rumeur ensanglantée de ta frustration.

 

Le vide.

 

Les doigts entrelacés dans cette cour vide,

Nous avons dansé avec complaisance sur l’absence de matière,

En interjetant les accolades spatiales du néant.

 

Le vide.

 

Philarguria3 et Uperèphania4

La bleue entropie laisse échapper dans la parenthèse le cri d’un pathos5,

Qui avec la cloche de nos ambivalences biologiques résonnent au son de la Praktiké6.

Je ne peux plus te laisser ségréger la fission et me cloîtrer dans cette dimension.

 

Lupè7,

Orgè8,

Acedia9,

Kenodoxia10,

 

Le vide.

Je suis en train de changer et si tu savais la mort a la même odeur.

 

Le déséquilibre psychique de ton âme est d’une dynamique morbide.

En insultant les accolades spatiales du néant,

Je m’éloigne de ta révolution aux vices mimétiques.

Pour faire vivre des euphorbes trempées à l’encre noire de chine,

Je dynamite les millibars de tes équations sur le cercueil de ta conscience.

 

Matamore fautif !

 

Dans mon théâtre d’horreurs, ma parenthèse révèle tes théories dégradantes.

Tes absences sommées se sont divisées à mes crises autodestructrices.

Les résultats de la fonction, ont irradié accidentellement, nos rapports déséquilibrés.

Que tu usurpes et/ou confirmes l’ultravide,

Moi,

Je suis en train de changer et si tu savais, la mort a la même odeur.

 

Le vide.

La démesure du vide,

Regarde- toi tomber encore dans le cynisme du chagrin,

Moi,

Je change et tu sais que la mort a la même odeur.

 

La déflagration de ce pathos homogénéise les axiomes sur notre vérité.

Ta flagrante désinvolture piétine avec terreur la vertu,

Qui survit, si belle à la pornéia11 de ton épicurisme.

Je canalise l’Apatheia12 quand j’embrasse du bout des lèvres les pamphlets du stoïcisme.

Il ne me reste plus que le vide.

Moi,

Je suis en train de changer et si tu savais, l’ultravide a la même odeur.

 

Matamore fautif !

 

Tu restes seul sur scène,

Pour usurper et/ou confirmer la perméabilité de notre agonie qui n’est plus qu’une belle aponie13.

Moi,

Je veux t’enterrer dans la démesure spécifique de mon vide.

Il est progressiste.

Il est affectif.

Il est évolutif.

Il est quantique.

Il est synthétique.

Guerroyant, foudroyant, festoyant,

Il est si biologique ce vide.

Et oui,

Il est,

Mon immortelle farce polyphasique qui attend ta fin polyphonique.

 

 

1 L’Ataraxie est l’absence de troubles, elle désigne la tranquillité de l’âme résultant de la modération et de l’harmonie de l’existence.

2 L'euthymie pourrait se définir par une modération de l’espoir aboutissant à un repos spirituel.

3 L’avarice.

4 L’orgueil.

5 Souffrance ou passion.

6 Le traité de la Praktikè, rédigé en l’an 360 par Egrave, présente une méthode dont l’objectif serait de purifier la partie passionnée de l’âme et dont l'aboutissement se nomme Apatheia.

7 La tristesse.

8 La colère.

9 L’accablement.

10 La vaine gloire.

11 L’obsession sexuelle.

12 L’absence de passion et la tranquillité de l’âme.

13 La philosophie épicurienne définit l’aponie comme l’absence totale de troubles corporels, elle est associée à l’ataraxie chez le sujet qui atteint l’état heureux.

 

 

SOKHNA DIARRA BOUSSO NDAO

 

 

Romancière, auteure de la trilogie « Magenta » parue en 2012 aux Editions L’Harmattan, Sokhna Diarra Bousso Ndao est sénégalaise et parisienne d’adoption. Sa passion de l’écriture lui vient de sa mère qui lui offre ses premiers classiques de Baudelaire, à Lamartine, en passant par Senghor et Céseaire. Chaos/FRACTAL paru en février 2014 aux éditions l’Harmattan, est son premier recueil de poésie.

 

Site Internet de référence :

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=42718

 

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=36965&razSqlClone=1

 

Sokhna Diarra Bousso Ndao - DR

Sokhna Diarra Bousso Ndao - DR

Tag(s) : #poèmes et nouvelles

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