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Sur le balcon


 


 

Debout sur le balcon, j’observe le va-et-vient.

Un cri de femme me parvient du parking.

Je baisse les yeux et les vois tous les deux

qui se querellent autour de la voiture.

Elle hurle en serrant les poings alors

qu'il s’éloigne en levant les bras au ciel.

Je tends l’oreille et perçois une histoire de clés

qu’il a si bien rangées et qu’elle ne retrouve pas.

Elle claque toutes les portières plusieurs fois

tandis qu’il jette brutalement son sac à terre.

Malgré leurs gestes, on peut voir de l’amour

sur leurs visages. Ils passeront au-dessus de ça !

S’ils sont bons, et tolérants. Attentifs l’un à l’autre.

S’ils continuent à s’aimer sans limites.

Je souris et regarde ma femme et mon fils

qui lisent tranquillement sur le lit.

Sur le trottoir passent des pelles et des seaux.

Les maillots filent vers la plage et les poussettes

attendent sagement leurs cornets de glace.

Une mouette survole ce tableau en silence.

 

***

Réveillon


 


 

Nous décomptons les douze coups et unissons nos lèvres.

Tandis que nous buvons nos coupes de champagne,

des feux d’artifice éclatent un peu partout dans les rues.

Des chiens aboient et quelques fêtards passent en chantant.

Nous sourions en voyant notre fils qui somnole sur la table.


 

Je songe soudain à une vieille photographie de mon père

où on le voit fêter la Saint-Sylvestre avec des collègues.

En bleu de travail et chemise à carreaux, il tient d’une main

un cigarillo bon marché, et de l’autre une bouteille de bière.

Jeune ouvrier du bâtiment, c’est une force de la nature

et il semble invulnérable ainsi accoudé au bar.

Un homme audacieux qui sourit pour sa postérité.


 

À présent, c’est notre dernier réveillon qui me revient.

Alors que nous cuisons notre viande sur la pierre,

je regarde discrètement ses mains qui tremblent.

Il me sourit crânement mais ses yeux embués le trahissent.

A minuit, il me tombe dans les bras en sanglotant

et me dit que c’est dur de ne plus pouvoir subvenir

aux besoins de sa famille. Je le rassure en lui disant

que tout va s’arranger avec cette nouvelle année.


 

Papa, désolé aujourd’hui de m’être trompé.

 

***

Rideau


 


 

Je traverse la rue, me retourne,

mais rien ne frémit à sa fenêtre.

Son rideau pèse sans vie

sur mes illusions.


 

Qu’est-ce que j’espérais ?


 

Que sa main le repousse ?

Que son visage apparaisse ?

Que son sourire exprime

le désir de me revoir ?

 

Soudain, je me rends compte

que je ne connais même pas

son numéro de téléphone.

 

Je pense que tout est dit.


 

J’emporte juste

son prénom

et la fragrance de son parfum

qui s’évapore déjà dans la brume.


 


 

PATRICK BEAUCAMPS


 

 

Né en 1976 à Tournai (Belgique), Patrick Beaucamps a exercé plusieurs métiers : ouvrier imprimeur, magasinier, employé de vidéoclub, cheminot, bibliothécaire,…

Poète et nouvelliste, son travail est publié aux éditions Chloé des Lys.

 

* Le Bruit du Silence, Poèmes (2003)

* 200 ASA, Nouvelles (2005)

* Tant d’eau sous le pont, Poèmes (2013)

* Brasero, Nouvelles (2014)

* Quand les vagues se retirent, Poèmes (2015)


 

Tag(s) : #poèmes

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