Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Genèse


J’ai été engagé sur un chantier. Un bâtiment d’ampleur indéterminée, chaque jour nouveau était l’échelle.
La tâche était simple, il nous fallait disposer des briques - aveugler l’air nu ça et là - puis veiller à leur silence, pour écrire la ligne suivante. Nous avions du sang, bien sûr, du couchant, de l’exil, et finalement une glaise rouge et rare.
Très vite j’eus le sentiment que l’ouvrage n’avait pas de point de fuite. Qu’il nous emportait tous.
Et c’est toujours ainsi. A l’œuvre, sans maître apparent, mais le sang est induit. Le tout premier chantier sur cette terre a nourri entièrement le second, je crois.
Sous ces briques, l’écroulement annoncé d’un monde d’un cercle. Toujours. S’il l’on soulève la toute première de ces briques, que trouve-t-on ? Le corps d’une femme dans le sang des origines.


********


La rive aisée


J'ai grandi j'ai glissé le long de la rive. Je finis par y distinguer des visages familiers qui se formaient se troublaient comme au jet de pierre se dénouaient car rien n’est sûr. Quoique la géométrie les tenait déjà, je les reconnaissais sans pouvoir mettre un nom sur aucun d’eux. Depuis le bord, ils m’appelaient, me faisaient signe, tenant haut le tison de leurs villes mensongères.
A cet instant le courant roulait justement vers eux.
A mesure que je m’approchais, je vis plus nettement encore le monde éclairé de cette rive offerte, celui-là même considéré comme le seul connu, le seul qu’il faille courir.
A mesure que je m’approchais, je vis plus nettement le cri débordant des ombres portées des maisons, je vis le cadre et l’étoffe que l’on m’avait – déjà !- dessiné.
Alors la peau l’échine surent le serpent bien vivant, alors je secouais le lit, je secouais le cours du jour et me tournant d’une pleine violence de l’autre côté, tandis que leurs invectives trouaient l’eau ça et là, je nageais vers l’autre rive qui restait invisible.


********


Je suis des Portes


Les faubourgs ont une descendance et c’est l’estran d’ici.
L’air est au métal. Les gens longent le cirque, ceux qui désobéissent au boulevard connaissent les angles, l’après-mur aveugle, ont la lame adéquate et disparaissent aussitôt. Ils vivent ici.
Quelques stades échoués, les chantiers s’étendent, la mer qu’on attendait est repoussée bien loin. Si l’eau est là, elle combat muette par les soubassements, par les piliers qui ne se lisent qu’en carte.
Une terre saisie, à chaque main ; entre elles, silence est flou. Au long de la ronde fraternelle des habitations, les saisons d’une même poignée s’élancent en quelques heures.
Je suis des Portes, d’ici. Avez-vous dormi sur une frontière ? Les matins viennent affaiblis, la nuit n’a pas eu le temps, qui finit sur le danger des fins de feux. Le coton meurt là, débordant, bien vite remplacé. On sait déjà que tout viendra d’ailleurs.
Je suis des Portes, l’enfant des notes injouées.


GABRIEL HENRY


Gabriel Henry, 28 ans, vit et travaille à Paris.
Il a publié dans l’anthologie de l’association Mémoires & Cultures en 2008 ; le florilège annuel des éditions Soc&Foc, le n. 230 de la revue Libelle et le Capital des Mots en 2011 ; le florilège annuel des éditions Soc&Foc, le n.238 de la revue Libelle et le n.1 de la revue Neiges en 2012 ; le florilège annuel des éditions Soc&Foc, le n.17/18 de la revue Paysages Écrits, le n.53 de la revue Comme en poésie, le n.1 de la revue Landes et le n.6 de la revue Scribulations en 2013.
Sa page d’écriture : http://lorageaupoing.blogspot.fr/

Tag(s) : #poèmes

Partager cet article

Repost 0