Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - DANIÈLE DOSSOT

Publié par ERIC DUBOIS sur 21 Avril 2014, 18:43pm

Catégories : #poèmes

12.

 

Tisser les phrases contre un hiver

Fragile

Pour un manteau des mauvais jours

Tant de gens passeront

Entre les murs de la maison

Dehors il fera nuit

Et sous le réverbère

Éteint

Aucune passagère.

 

 

13.

 

Des barbelés sont entre nous.

Passants indifférents

Voyageurs sans bagage,

Nous nous croisons inconnus

Dans les méandres de la ville.

Solitudes perdues

Là où les chiens se terrent…

Dans les vents croisés des zones

Le verre nous renvoie l’ombre

Disparue des marcheurs

Et l’herbe folle se noie

Dans le sang du béton.

 

 

14.

 

J’accroche à mes rimes des rideaux de fer.

Un parfum embué de cadavres.

Et, si souvent, des pierres qui tombent sur le cœur.

Dans les villes bombardées, tous les yeux font naufrage.

Prisonnière des entraves,

Sous les murs démolis de mes incertitudes,

Je passe en ouragan dans un monde en partance.

Les enfants se recueillent à ramasser de l’eau

Dans le travers des rues qui renverse la soif.

Et peu s’en faut du puits et des jeux et des rires.

Autrefois l’insouciance et l’amour

Aux visages des femmes d’avant-guerre.

La maison éventrée siffle comme une abeille

Qui enfanta la nuit.

J’allume à ma fenêtre des artifices de colère

Aux balbutiements des matins endeuillés.

Écrire comme on crie

Contre l’intempérie de ce siècle en gésine.

Quand les guerres nous privent de la beauté du monde,

Quand les rêves se décomposent,

Qu’il est grand le silence !

Voyageuse venue de l’autre bout des mers,

Je témoigne si peu des larmes de l’enfance.

 

 

15.

 

 

Comme un livre à peine ouvert

Sur la brisure du monde,

La cité s’offre à ton regard.

Il suffira peut-être d’un geste,

Un pas de côté à faire,

Pour se retrouver ainsi

Prisonnière du vide,

Victime de la rue.

Les grilles s’ouvrent sur les marches

Que tu franchis une à une.

Tout en haut, les yeux te guettent.

Tu ne sais plus

Combien de temps à rester là

Entre l’aube et la foule.

Et tout en bas les passants,

Ombres qui fuient

A la poursuite d’on ne sait quoi.

 

 

Extraits de " De part et d'autre"

 

 

DANIÈLE DOSSOT

 

Plus d'infos : http://www.le-capital-des-mots.fr/article-le-capital-des-mots-daniele-dossot-114709477.html

 

 

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Clément G. Second 21/04/2014 22:57

Merci. Votre conscience aiguë du désastre est sous-tendue par une sorte de basse continue si empathique que celle-ci touche encore plus que le constat.

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